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Le "double discours" de la Fed inquiète les entreprises européennes

L"euro est monte à 1,2537 dollar après les propos de Steven Mnuchin

L"euro est monte à 1,2537 dollar après les propos de Steven Mnuchin - Philippe Desmazes-AFP

Le discours ambigu de la Fed pousse le dollar à ses plus bas niveaux face à l'euro depuis plus de trois ans. Or une appréciation de 10% de l'euro face au dollar réduit en moyenne de 7% les résultats des entreprises de la zone euro.

Il y a encore un an, le credo de Steven Mnuchin, secrétaire américain au Trésor était le dollar fort, présenté comme une "une bonne chose" pour l'économie américaine à long terme et comme "un signe de confiance dans l'administration Trump et dans les perspectives économiques des quatre prochaines années".

Aujourd'hui, le grand argentier des États-Unis tient un tout autre discours: "Évidemment un dollar plus faible est bon pour nous, c'est bon car cela a à voir avec le commerce et les opportunités". Des déclarations qui ont fait remonter la semaine dernière l'euro à son plus haut niveau depuis décembre 2014 face au billet vert (1,2537 dollar). Et qui ont également créé un malaise au sein de la BCE.

D'ailleurs son président, Mario Draghi, s'est empressé de dénoncer la communication de cette "autre personne", rappelant qu'il [Steven Mnuchin] "ne se conform[ait] pas aux termes convenus" depuis "des décennies" entre partenaires internationaux. Même Donald Trump a tenu à recadrer le haut fonctionnaire américain, estimant qu'il était en faveur d'un "dollar fort" et que ces déclarations avaient été "sorties de leur contexte".

Double discours de la fed

Pour Christopher Dembik, responsable de la recherche macroéconomique chez Saxo Bank, les dirigeants des États-Unis mènent un "double discours, adaptant leurs propos en fonction de leurs interlocuteurs". Ce que confirme Alexandre Baradez, Responsable de la stratégie de marché chez IG, qui parle de son côté "d'opportunisme économique". À force de jouer sur les ambiguïtés, la Fed a créé "une divergence fondamentale entre le niveau actuel du dollar et les fondamentaux macroéconomiques aux États-Unis", explique Alexandre Baradez. Dit autrement la valeur du dollar ne reflète aujourd'hui, ni le niveau de l'économie américaine, ni la phase de remontée des taux de la Fed.

En effet, alors que cette dernière a déjà relevé à cinq reprises ses taux directeurs depuis la fin du Quantitative Easing (technique consistant pour une banque centrale à racheter massivement des titres de dettes aux acteurs financiers) la BCE maintient, quant à elle, toujours son taux directeur à 0%, ce qui mécaniquement devrait peser sur la monnaie unique. Car, des taux d'intérêt plus élevés augmentent la valeur d'une devise par rapport à une autre, les investisseurs optant pour la monnaie offrant le meilleur rendement (dans le cas présent, le dollar). 

Or depuis près d'un an et l'élection française, le billet vert reste en retrait par rapport à l'euro. À 1,11 dollar en avril 2017, l'euro vaut aujourd'hui 1,24 dollar. Et la monnaie unique n'est pas la seule à s'apprécier face au billet vert puisque c'est également le cas du yen et de la livre sterling. Signe que l'on est bien dans une situation de dollar "faible" et non d'euro "fort".

Une perte de compétitivité des entreprises européennes

Si, à ce stade, le double discours de la Fed ne pèse pas encore sur l'économie de la zone euro, un rapprochement de la parité autour de 1,30 dollar contre 1 euro pourrait en revanche avoir des conséquences néfastes sur les entreprises européennes. En effet, "une appréciation de 10% de l'euro face au dollar entraîne une baisse de 7% des résultats des entreprises européennes en moyenne", rappelle Christopher Dembik.

Certaines sociétés comme Airbus, dont les coûts de production se calculent principalement en euros et les ventes en dollar, sont même plus impactées que d'autres par ce phénomène. Ainsi, une hausse de 10% de l'euro face au dollar équivaut à une baisse de 1 milliard du résultat opérationnel de l'équipementier aéronautique. Alors que la zone euro a enregistré sa plus forte croissance moyenne depuis 2007, une nouvelle baisse du dollar face à l'euro pourrait mettre à mal la reprise dans les 19 pays de l'union monétaire.