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Le bonus caché, mais incertain, de l'OPA de Campari sur Grand Marnier

L'OPA sur Grand Marnier n'a pas encore livré tout son potentiel.

L'OPA sur Grand Marnier n'a pas encore livré tout son potentiel. - Jean-Christophe Magnenet / AFP

"Devenue l'action la plus chère de la Bourse de Paris après l'annonce de l’OPA de Campari, Grand Marnier poursuit son irrésistible ascension. Certains investisseurs misent en effet sur un très gros bonus lié à une cession immobilière."

Depuis que le propriétaire italien d'Aperol, Skyy et Wild Turkey a dévoilé son offre publique d’achat le 16 mars dernier, la Société des Produits Marnier Lapostolle (SPML) a toujours coté nettement au-dessus des 8.050 euros du prix de l’offre. Avec un cours compris entre 8.350 et 8.650 euros, le titre intéresse visiblement certains investisseurs disposés à payer jusqu’à 600 euros de plus que ce qu’ils toucheront immédiatement en apportant leurs titres à l’opération.

Ce n’est pourtant pas la perspective d’une surenchère –peu probable– qui peut les motiver. Campari n’a en effet pas lésiné sur le prix en offrant une prime généreuse de 60% sur le dernier cours de bourse de Grand Marnier. D’autre part, le numéro 6 mondial des spiritueux s'est assuré l'accord des familles détentrices de 47,1% du capital. Celles-ci ont déjà apporté 18% du capital à Campari et se sont engagées à ne pas solliciter d’offres concurrentes pendant 9 mois.

Bien immobilier exceptionnel

La spéculation à l’œuvre sur le titre se comprend tout bonnement à la lumière du patrimoine immobilier exceptionnel de l’entreprise. L’enjeu réside dans la valorisation de la villa "Les Cèdres", située à Saint-Jean-Cap-Ferrat sur la Côte d’Azur.

En effet, en sus des 8.050 euros prévus, l’offre de Campari donnera lieu à un éventuel complément de prix lié à la vente d’ici 2021 de cette célèbre résidence, autrefois propriété du roi des Belges Léopold II avant d’être rachetée en 1924 par Alexandre Marnier-Lapostolle, fondateur de Grand Marnier.

La "rallonge" devrait être conséquente. Située sur la célèbre presqu'île entre Nice et Monaco, entourée de 14 hectares de jardin botanique, l’illustre demeure détiendrait le record du monde du prix, à plus de 200.000 euros du mètre carré. Elle serait ainsi estimée entre 300 et 500 millions d’euros selon des professionnels de l’immobilier.

Or, le prix de 684 millions d’euros de la cession de Grand Marnier à Campari intègre déjà une valorisation plancher de 80 millions d’euros pour "Les Cèdres". Sachant que seul le dépassement du prix plancher amènerait Campari à verser un complément de prix, à combien pourrait se monter la plus-value potentielle supplémentaire pour l’actionnaire? 

Comment toucher trois fois sa mise… ou plus

En prenant l’hypothèse d’une valorisation en bas de fourchette à 300 millions d’euros, à laquelle on retranche donc 80 millions d’euros, puis en appliquant l’impôt sur les sociétés de 33% sur les 220 millions d’euros restants, on obtient un prix d’environ 150 millions d’euros, que l’on divise par 85.000, le nombre d’actions Grand Marnier en circulation, soit un bonus de près 1.800 euros par titre.

A condition qu’il apporte ses titres à l’offre qui débute le 14 avril et s’achève le 15 mai, un investisseur qui achète aujourd’hui des actions Grand Marnier à 8.650 euros, touchera donc 8.050 euros tout de suite, puis potentiellement, au plus tard le 30 juin 2021, un complément de prix (au moins ?) trois fois supérieur à sa mise réelle de 600 euros.

Tout cela comprend une bonne part de conditionnel et suppose d’avoir la patience d’attendre quelques années, mais le scénario a effectivement de quoi attiser une certaine spéculation. Pour l’actionnaire qui détenait des actions avant l’annonce de l’OPA de Campari, l’histoire déjà très belle, devrait connaître un épilogue encore plus heureux.

François Berthon