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Lagardère: Amber Capital veut balayer une gouvernance qui "a failli à sa tâche"

Sur BFM Business, Joseph Oughourlian, fondateur du fonds Amber qui est devenu le premier actionnaire de Lagardère, n'a pas de mots assez durs pour dénoncer la gestion et la stratégie du groupe.

"Il n'y a rien de personnel contre Arnaud Lagardère", déclare d'emblée sur BFM Business ce vendredi Joseph Oughourlian, fondateur d'Amber Capital, le premier actionnaire du groupe Lagardère avec 16% du capital. Pourtant, le patron du fonds activiste veut en finir avec le conseil de surveillance de l'entreprise et son président. En cause, des "insuffisances dans la gestion de la société depuis maintenant trop longtemps".

Amber veut la peau du conseil et la tête d'Arnaud Lagardère. Il a présenté les résolutions qu'il soumettra au vote des actionnaires lors de la prochaine assemblée générale prévue le 5 mai. Ce plan baptisé "Stronger Lagardère" ("Lagardère plus fort") ne prévoit pas tant de changements stratégiques -le groupe ayant en effet en grande partie acté les orientations stratégiques que le fonds préconisait dès son arrivée- qu'un renouvellement de la gouvernance du groupe.

Et Joseph Oughourlian n'a pas de mots assez durs pour critiquer l'action du conseil de surveillance et d'Arnaud Lagardère. "Changer Lagardère, c'est changer sa gouvernance qui a été déficiente. (...) Ce qu'on reproche au groupe et à sa gestion depuis maintenant 17 ans, c'est la très mauvaise gestion de la politique d'investissements et de désinvestissements. On a vendu presque 10 milliards d'actifs depuis plus d'une dizaine d'années, ça été une sorte de liquidation désordonnée du groupe pendant très longtemps"

"Des dizaines d'actifs ont été vendus: Airbus qui a été vendu à un prix très bas, mais aussi Canal+, mais aussi les radios internationales, mais aussi la presse quotidienne régionale, mais aussi les magazines internationaux... On pourrait faire une liste à la Prévert. Et l'essentiel de cet argent (...) est allé payer des dividendes puisque la moitié de ces 10 milliards est retournée aux actionnaires", poursuit le fondateur.

Sarkozy, Pépy: "enfin des gens cérébrés et vertébrés dans ce conseil"

"C'est toute une politique de sous-investissement chronique qu'on remet en cause (...) et cette politique de sous-investissement et de dividendes exceptionnels, en fait elle ne sert qu'un actionnaire, elle ne sert pas les actionnaires", poursuit-il. Et de viser encore une fois "Arnaud Lagardère qui est trop endetté à un niveau personnel", assène Joseph Oughourlian. "C'est là où le Conseil de surveillance a failli à sa tâche, il aurait dû représenter l'intérêt de la société et de ses actionnaires par rapport à ce conflit d'intérêt notoire".

Le dirigeant dénonce un conseil qui s'est transformé en "chambre d'enregistrement" et qui a "tout laissé passé dans les gabegies de ce groupe". Seuls Nicolas Sarkozy et Guillaume Pépy, nouveaux membres du conseil, d'ailleurs nommés à la demande d'Arnaud Lagardère, trouvent grâce aux yeux de Joseph Oughourlian.

"On est ravi de la cooptation de messieurs Sarkozy et Pépy. On pense qu'ils vont ajouter énormément à ce conseil. (...) Faire rentrer deux personnes de prestige avec une forte réputation et enfin des gens cérébrés et vertébrés dans ce conseil, ça ne peut être qu'une bonne nouvelle pour les actionnaires", achève le patron d'Amber. Les membres actuels du conseil apprécieront.

Olivier Chicheportiche