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La spéculation sur Rémy Cointreau ne change rien à ses problèmes de fond - Market Blog

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Par Yann Morell y Alcover PARIS (Dow Jones)--Que penser de la fièvre qui a saisi le titre Rémy Cointreau (RCO.FR) vendredi matin, dans un contexte de spéculations concernant un intérêt de la société américaine Brown-Forman (BFA) pour le group

Par Yann Morell y Alcover

PARIS (Dow Jones)--Que penser de la fièvre qui a saisi le titre Rémy Cointreau (RCO.FR) vendredi matin, dans un contexte de spéculations concernant un intérêt de la société américaine Brown-Forman (BFA) pour le groupe?

Parti en tête des valeurs du SBF 120 à l'ouverture, le titre du groupe de liqueurs et spiritueux affiche toujours l'une des plus fortes progressions du jour, vendredi en début d'après-midi, s'adjugeant 4,2% à 61,56 euros.

Certes, l'emballement autour du titre intervient à un moment où le groupe traverse une période délicate d'un point de vue opérationnel, qui s'est accompagnée de plusieurs changements au sein de sa direction ces derniers mois.

Sur le fond cependant, l'ampleur du mouvement boursier provoqué est étonnante à plusieurs égards. Le premier tient à la structure actionnariale de Rémy Cointreau. Le groupe est contrôlé à plus de 50% par les familles Hériard Dubreuil et Cointreau, deux actionnaires à priori stables et impliqués dans la gestion du groupe.

Du temps pour le redressement

Après la démission de Frédéric Pflanz en janvier dernier, c'est le président du conseil d'administration, François Hériard Dubreuil, qui a repris, "à titre transitoire", les fonctions de directeur général.

Christine Ropert, analyste financier de la société de courtage Gilbert Dupont, rappelle par ailleurs qu'une prise de contrôle de Rémy Cointreau par un acteur extérieur ne semble pas cohérente avec les efforts déployés par le groupe ces derniers mois en termes de communication financière. "L'embauche récente d'une personne pour se charger des relations avec les investisseurs marque un profond changement dans la stratégie de communication à destination des marchés boursiers", explique-t-elle.

Par ailleurs, même si le groupe fait face à un environnement commercial particulièrement dégradé, en particulier en Chine, sa situation financière saine lui permet de se donner du temps pour redresser la barre. Compte tenu de la chute du titre de plus de 30% au cours des 12 derniers mois, la période actuelle n'est donc pas forcément la plus propice à une sortie des actionnaires historiques.

Au 30 septembre, le groupe affichait un endettement net de 304,6 millions d'euros, pour des capitaux propres de près de 1,1 milliard d'euros. La dette financière nette équivalait à environ 1 fois l'excédent brut d'exploitation dégagé par le groupe au cours de son exercice 2012-2013.

Bien que les difficultés traversées par Rémy Cointreau se soient intensifiées au cours de l'exercice 2013-2014, avec une chute du 12,2% de son chiffre d'affaires sur neuf mois, le groupe reste toujours largement bénéficiaire. Selon les données collectées par FactSet, les analystes financiers prévoient un bénéfice net proche de 100 millions d'euros pour l'exercice achevé le 31 mars dernier, avant un rebond l'année suivante.

Un groupe trop dépendant du cognac

Certes, une amélioration de la situation en Chine demeure un scénario lointain aux yeux de nombreux observateurs. La reprise observée en Europe et la hausse des ventes aux Etats-Unis demeurent insuffisantes pour renverser la vapeur.

Le trou d'air commercial traversé par Rémy Cointreau est avant tout le reflet de la très forte dépendance du groupe vis-à-vis des ventes de son produit phare, le cognac, et du marché asiatique. Au premier semestre de 2013-2014, la marque de cognac Rémy Martin a représenté près de 58,6% du chiffre d'affaires du groupe et près de 88% de son résultat opérationnel courant. La zone Asie-Pacifique a représenté 51% des ventes de Rémy Martin.

Dans une note diffusée vendredi, Exane BNP Paribas considère qu'il "est clair qu'aucune amélioration n'interviendra avant 2015 au plus tôt" et que le titre pourrait encore souffrir. Toutefois, le courtier précise qu'il pense que la famille Hériard Dubreuil ne vendrait qu'en cas de grande détresse, "ce qui n'est pas le cas" en ce moment, ajoute-t-il.

Plus que d'un nouveau tour de table, c'est avant tout d'un nouvel élan commercial dont le groupe a besoin.

-Yann Morell y Alcover, Dow Jones Newswires; +33 (0)1 40 17 17 60; yann.morellyalcover@wsj.com

"Le Market Blog" est le blog économique et financier du Service français de Dow Jones Newswires.

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April 04, 2014 08:14 ET (12:14 GMT)

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