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La lente agonie du marché du charbon

Nouveaux plus bas historiques, crise financière et structurelle... après quelques années de sursis, la filière du charbon thermique vit-elle ses dernières heures ?

Nouveaux plus bas historiques, crise financière et structurelle... après quelques années de sursis, la filière du charbon thermique vit-elle ses dernières heures ? - Vasily Maximov - AFP

Des cours au plus bas historique, un déclin industriel massif, et désormais des risques financiers très élevés… le secteur du charbon connaît sans doute la phase la plus difficile de toute son histoire, après pourtant quelques années fastes où l’on avait cru à une renaissance.

56,45 dollars la tonne. Nouveau plus bas historique signé ce matin pour le charbon de chauffage européen livrable l’année prochaine. Et ce n’est sans doute pas fini au vu d’indicateurs fortement baissiers au niveau mondial, pour l’ensemble du marché du charbon, et les industriels qui le produisent.

Car ce record de faiblesse n’est que le point d’orgue d’un phénomène latent, qui dure depuis 5 ans. Un déclin ininterrompu. Le Dow Jones Total Coal, indice sectoriel qui mesure la capitalisation des grandes sociétés spécialisées dans l’extraction et le traitement, perd quasiment 80% sur les 5 dernières années, précisément ce qu’a gagné dans le même temps le S&P500, l’indice large de la Bourse de New York.

Renaissance et nouvelle rechute

Il y a 10 ans, face à la perspective d’une raréfaction des ressources pétrolières, et au très lent essor des énergies vertes, le charbon, ressource abondante et bon marché, avait connu une véritable renaissance. Le charbon à coke est indispensable à la fabrication de l’acier, mais on avait à l’époque une forte hausse de la demande en charbon de chauffage. Jusqu’à représenter près de 30% de la consommation énergétique mondiale en 2010!

Mais depuis le charbon est sous le coup de 3 menaces écrasantes autant que structurelles. Déjà les initiatives de lutte contre les gaz polluants au niveau mondial, dont la mise en place du Protocole de Kyoto en 2005 aura été le point de départ.

Triple menace fatale

Le charbon étant considéré comme une des sources d’énergie les plus polluantes au monde, (malgré la construction de centrales à charbon bien moins polluantes et beaucoup plus efficaces ces dernières années), la menace devenait existentielle pour le minerai.

La 2ème menace fut évidemment l’essor fulgurant des pétroles de roche américains. En seulement 2 ou 3 ans, ils ont changé radicalement le paysage énergétique mondial, provoquant une dégringolade sans précédent des cours sur l’année écoulée, et qui pourrait se poursuivre. Le charbon a perdu d’un coup son statut d’énergie abondante et bon marché.

Energie de plus en plus verte

Une situation de déséquilibre qui provoque même ces derniers temps des situations aberrantes : l’Allemagne qui utilise encore un peu de charbon dans son mix énergétique (puisqu’elle n’utilise plus l’énergie nucléaire), préfère importer du charbon de chauffage américain, bien moins cher que celui produit par la Pologne, pourtant voisine !

Enfin la 3ème menace est l’essor, très progressif mais régulier, des énergies vertes. Leur part dans le mix énergétique mondial ne fait qu’augmenter (3%-4%, 10-15% en Europe), et on pourrait aller bien au-delà, une fois que structurellement l’industrie des énergies vertes s’affranchira de la tutelle des politiques d’état.

Alerte sur les marchés

De quoi anéantir l’industrie charbonnière mondiale, hormis la production de coke liée à la sidérurgie. Le charbon de chauffage semble désormais être une énergie menacée d’extinction totale à terme.

Un cas de figure qui inquiète énormément d’intervenants financiers, obligés de sonner l’alerte. On a vu notamment depuis la fin de l’année dernière, qu’énormément des flux boursiers actuels étaient alimentés par des produits financiers type ETF, jouant sur la tendance d’un indice, d’un marché, ou d’un secteur particulier, sans aucun distinction entre les différentes valeurs qui le composent.

Charbon et instruments financiers

Et malheureusement, énormément de gros investisseurs jouent sur le secteur des matières premières énergétiques. La très forte baisse des prix du pétrole a beaucoup pesé sur l’ensemble des grandes majors de l’industrie et a provoqué une vague de prudence sur les secteurs, mais on ne s’en est pas détourné pour autant.

Appareil de production en pleine restructuration, perspectives de transformation et de rendement, le secteur pétrolier garde des atouts. Et même s’il représente une grande part des instruments financiers globaux qui jouent sur le secteur de l’énergie, tous les autres types de producteurs y sont représentés, dont beaucoup de charbonniers, notamment américains.

Certains fonds de retraite menacés

Des sociétés qui, selon certaines ONG chargées d’avertir les acteurs du secteur financier et les investisseurs, sont de plus en plus menacées par d’énormes difficultés financières. L’agence britannique Carbon Tracker rend des rapports réguliers toujours plus alarmants sur leur situation, et estime qu’elle pourrait représenter une menace pour les investisseurs, notamment pas mal de fonds de pensions du pays qui doivent verser des retraites.

De quoi faire de la mort lente du charbon thermique une possible source d’instabilité financière, dans le sens où toute cette industrie est liée au reste du secteur énergétique par un certain nombre de conventions, et au secteur financier par de très importants encours de produits de dette.

Antoine Larigaudrie