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L'information de plus en plus rapide fait-elle davantage paniquer les marchés?

Les NTIC font-elles paniquer les marchés?

Les NTIC font-elles paniquer les marchés? - Bryan Smith - Getty Images

Des chercheurs du FMI ont tenté de savoir si les nouvelles technologies de l'information et de la communication créaient davantage de volatilité en Bourse.

C'est un procès que l'on fait régulièrement aux nouvelles technologies de l'information et de la communication: elles rendent les marchés plus nerveux. En 2013, un faux tweet de l'agence de presse américaine AP annonçant une explosion à la Maison Blanche avec Barack Obama blessé avait fait perdre en un éclair 130 points au Dow Jones, l'indice phare de Wall Street. Une perte qui avait été effacée en à peine quelques secondes, l'information ayant évidemment été vite démentie. Twitter, les réseaux sociaux, mais aussi la rapidité de l'information sur internet, avaient été pointés du doigt. 

En fait, deux théories dans la littérature financière s'opposent quant au rôle de ces nouvelles technologies sur les marchés. Celle de la "thin skin" ("peau fine") et celle de la "thick skin" ("peau épaisse"). La première affirme que ces nouvelles technologies augmentent la volatilité sur les marchés car elles facilitent les stratégies qui reposent sur la volatilité, notamment celles qui reposent sur l'algo-trading (ou trading à haute fréquence). La seconde considère qu'au contraire, en faisant mieux circuler l'information, elles réduisent ainsi les désavantages entre les investisseurs les mieux et les moins bien informés.

240.000 données analysées

Trois chercheurs du FMI, Barry Eichengreen, Arnaud Mehl et Romain Lafarguette ont cherché à savoir laquelle des deux théories était la plus juste. Pour cela ils ont extrait des données sur le marché des changes portant sur la période allant de 1997 à 2015 sur un total de 56 pays.

Les auteurs ont séparé ces pays en deux groupes, selon qu'ils soient ou non reliés via la fibre optique sous-marine aux trois grandes places financières (Tokyo, Londres et New York). Le premier groupe a ainsi reçu ainsi plus rapidement des informations sensibles (publication de statistiques importantes, annonces de politique monétaire, etc…) grâce à la fibre. 

En analysant un total de 240.430 données, les trois chercheurs ont observé que les devises qui sont majoritairement échangées dans les pays "connectés" à la fibre optique réagissent beaucoup moins brutalement que les autres. La volatilité est ainsi 50 à 80% moins élevée dans ces pays. Les auteurs en concluent donc que la seconde théorie est la plus applicable au marché des changes.

Julien Marion