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L’impressionnante chute des cours du maïs

Selon le Departement de l'Agriculture, les Etats-Unis croulent sous des stocks historiques de maïs, 7.7 milliards de boisseaux, soit 197 millions de tonnes !

Selon le Departement de l'Agriculture, les Etats-Unis croulent sous des stocks historiques de maïs, 7.7 milliards de boisseaux, soit 197 millions de tonnes ! - Scott Olson - Getty Images North America - AFP

La baisse spectaculaire du prix du boisseau de maïs hier soir à la Bourse de Chicago est un des faits les plus marquants sur le marché des céréales ces derniers mois. Un des premiers signes tangibles que l’Amérique est loin d’en avoir fini avec la restructuration de son appareil de production agricole.

"Cornpocalypse" ou "Cornmaggedon", tel est le joli nom qu’ont choisi les traders américains pour qualifier le mini-krach qu’on subi les cours du maïs hier à la Bourse de Chicago, la place majeure d’échange des denrées agricoles.

3,5% de baisse en une séance, cela constitue une rupture spectaculaire, on a cassé, comme sur les actions ou les indices boursiers, des supports techniques importants. Le maïs est coté sous forme de boisseau de 25,4kg/pièce livrable à 30 jours, et après une longue période de stagnation juste sous les 4 dollars, on a assisté à une chute quasiment sans précédent, du côté des 3,75 dollars.

Stocks historiquement hauts

Un mouvement majeur, qui a d’ailleurs entraîné dans sa chute, -3,3% pour le boisseau de 27kg livraison mai à 5,12 dollars. Les prix des autres céréales, comme le soja, sont plutôt restés stable en revanche.

Que s’est-il passé ? Les traders américains ont réagi aux chiffres de stocks de maïs, les plus importants enregistrés pour un mois de mars depuis que les réserves générales céréalières sont mesurées par le Département Américain de l’Agriculture. 7,7 milliards de boisseaux, soit 197 millions de tonnes.

Maïs, pétrole… même combat

Des chiffres spectaculaires qui prouvent que l’Amérique, qui a pourtant entamé un vaste plan de réduction de sa production et de réduction de ses surfaces cultivables, est loin d’avoir achevé le travail. Les paysans américains produisent toujours trop, et payent le prix de 2 années successives d’excellentes récoltes… mais le tout dans un contexte de demande domestique et mondiale en forte baisse.

On est exactement dans la même logique que pour le pétrole, finalement. A force d’avoir un accès très large à une énergie bon marché, les producteurs hésitent entre réduire la production pour stabiliser les cours, ou laisser la production telle quelle, laisser les cours descendre et stocker les excédents, de manière à les revendre avec profit quand les cours seront remontés.

Baisse de la demande tous azimuts

Et finalement les deux sujets se rejoignent puisque le maïs américain est à la fois une denrée alimentaire très employée, mais aussi une source d’énergie via sa distillation en bioéthanol. Et autant dire que l’accès à un pétrole bon marché via les gaz de schiste ont largement réduit les velléités d’achat de véhicules fonctionnant aux biocarburants.

La demande est donc en baisse marquée autant pour l’énergie que pour l’alimentaire. Vu que le principal débouché du maïs américain, c’est l’alimentation des animaux d’élevage, et notamment des volailles. Hors, là, la demande est elle aussi en dessous des attentes sur le dernier trimestre.

Attentisme général

Les paysans américains profitent justement des fortes baisses de cours pour acheter du mais bon marché à stocker, et étendre leurs élevages. Hors ce n’est absolument pas le cas en ce moment, selon les rapports de l’administration agricole américaine.

Une situation d’attentisme chez tous les acteurs de la filière, qui étonne beaucoup de monde à la Bourse de Chicago, certains estimant que ce statu quo risque de bloquer encore plus les prix, jusqu’à ce qu’un frémissement de la demande se matérialise ou qu’une menace clair et précise commence à planer sur les approvisionnements.

Antoine Larigaudrie