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L'Allemagne planche sur une loi pour encadrer le trading à haute fréquence

Le trading à haute fréquence représente entre 30 et 35% des transactions en Europe.

Le trading à haute fréquence représente entre 30 et 35% des transactions en Europe. - -

Les députés allemands préparent une loi afin de contrôler les ordres boursiers passés via le trading éclair. Une pratique très décriée qui participerait à l'emballement des marchés.

L’Allemagne pourrait être à la pointe en Europe. Le Financial Times Deutschland de ce mardi 29 mai rapporte en effet que les députés libéraux-conservateurs, coalition au pouvoir à Berlin, préparent un texte de loi permettant d’encadrer les ordres passés via le trading à haute fréquence.

"Le gendarme de la Bourse doit être capable à tout moment de réduire les échanges à zéro si des risques sont détectés. Nous exigeons une solution nationale et nous ne voulons pas attendre", a déclaré au journal le député Volker Wissing, du parti libéral FDP, allié à la CDU d'Angela Merkel.

Volker Wissing pense que le ministère des Finances allemand soutiendra ce projet. Une feuille de route doit être adoptée d’ici fin juin et une proposition de loi serait déposée pour l’automne. L’Allemagne pourrait ainsi être le premier pays de l’Union européenne à légiférer sur le trading de haute fréquence. Le texte pourrait servir de modèle à une future législation européenne.

50 à 60% des ordres passés aux Etats-Unis

Cette technique du trading à haute fréquence consiste à jouer sur la vitesse par le biais d’algorithme pour passer des ordres boursiers en quelques millisecondes, lorsque les conditions de marchés initialement programmées sont réunies. Le but est d’être le premier à bénéficier du cours de Bourse le plus avantageux, en profitant de différences de prix parfois infimes, et de réussir son arbitrage le plus rapidement possible.

Autrefois marginal, cette technique s’est imposée ces cinq dernières années au point de représenter, selon l’Autorité des marchés financiers (AMF), 30 et 35% des transactions en Europe, et de 50 à 60% des échanges aux Etats-Unis.

Ses défenseurs affirment cependant qu'elle rend les marchés plus liquides, puisqu’elle génère davantage de mouvements. Autre avantage selon eux: cette technique participerait à l’efficience du marché en équilibrant les prix des titres financiers.

Mais globalement, ce procédé reste très critiqué. "Très souvent les acteurs du trading à haute fréquence mettent des indications de prix auxquels ils ne font jamais suite", a expliqué Gregori Volokhine, président de Meeschaert Capital Markets à New York, dans l'émission Intégrale Bourse du lundi 28 mai. L’AMF estime d'ailleurs que seulement 1 à 5% des ordres passés par l’intermédiaire du trading à haute fréquence sont effectivement exécutés. "A mes yeux, cela peut dévoyer les marchés boursiers", a poursuivi Gregori Volokhine.

Des sanctions commencent à être prises

L’incident le plus célèbre est le krach éclair américain du 6 mai 2010. En un quart d’heure, le Dow Jones a perdu plus de 9% (soit 1000 milliards de dollars) sans raison apparente, avant de rattraper cette chute presque aussi brusquement. Les enquêtes de la Security and Exchange Comission (SEC), le gendarme américain, ont pointé le rôle joué par le trading de haute fréquence dans cette chute. Plus récemment, le trading éclair pourrait avoir été une des raisons expliquant le flop de Facebook en Bourse (voir encadré).

A tel point que les acteurs de la finance, avant le gouvernement allemand, ont commencé à réagir. En février dernier, l’opérateur boursier Deutsche Börse a décidé de sanctionner les intervenants qui passeraient trop d’ordres boursiers sans les conclure. Le 24 mai, Oslo Bors, la Bourse norvégienne, a pris une initiative similaire. L’idée est "d’imposer une taxe non pas sur les ordres exécutés sur le trading à haute fréquence mais sur ceux qui sont annulés par les investisseurs", détaille Gregori Volokhine.

En France, le projet de loi sur la taxation des transactions financières, proposé par Nicolas Sarkozy, prévoyait de taxer de 0,01% les ordres passés via le trading à haute fréquence. François Hollande, lui, n’a pas encore dévoilé quel sort il compte réserver à ce procédé controversé. Le texte allemand pourrait peut-être l’inciter à préciser sa position.

Le titre de l'encadré ici

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Le trading de haute fréquence responsable des couacs de Facebook?

Facebook a connu des débuts calamiteux en Bourse, après son introduction sur le Nasdaq, vendredi 18 mai. En cause, des données clés sur les activités de Facebook n’auraient pas été communiquées par les banques conseils, et également les impairs techniques du Nasdaq sur lesquels enquêtent actuellement la SEC. Gregori Volokhine révèle que le trading de haute fréquence pourrait être à l’origine de ces derniers soucis techniques: "Cela a carrément bloqué le système de trading du Nasdaq. Ainsi, l’explication qui est actuellement en train de naître pour ce délai sur la cotation de Facebook au Nasdaq est que beaucoup trop de monde exécutait des ordres et les annulait en même temps."

Cette analyse est corroborée, dans un article du Huffington Post, par Eric Hunsader, P.-dg de la société d’informations financières Nanex, qui a suivi avec attention l’introduction en bourse de Facebook. Selon lui, le Nasdaq n’a pas supporté le nombre d’ordres passés sur le réseau social, ce qui se serait traduit par un black-out total de 17 secondes sur la place boursière. "Tout ceci à cause du trading à haute fréquence",  résume-t-il.

Julien Marion avec AFP