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Johnson Controls-Tyco: vers un grand retour des "fusions fiscales"?

La fusion Johnson Controls-Tyco va faire renaître le débat sur les opérations financières dont l'objectif est d'alléger le taux d'imposition des sociétés. Un débat politique qui posera sans doute question à nouveau au milieu de la campagne présidentielle.

La fusion Johnson Controls-Tyco va faire renaître le débat sur les opérations financières dont l'objectif est d'alléger le taux d'imposition des sociétés. Un débat politique qui posera sans doute question à nouveau au milieu de la campagne présidentielle. - Timothy A. Clary - AFP

Nouvelle fusion importante, dans le domaine des équipementiers du bâtiment: Johnson Controls rachète Tyco pour 14 milliards de dollars, donnant naissance au spécialiste mondial du secteur. Logique industrielle certes, mais qui remet également sur la table la problématique des fusions-acquisitions à vocation fiscale.

Tout le monde devrait se féliciter aux États-Unis de commencer l’année par une nouvelle grosse fusion dans le domaine de l’industrie. Et particulièrement dans le secteur le plus cyclique d’entre tous, le bâtiment. C’est même une vraie belle histoire stratégiquement, qui met en scène deux groupes réputés dans le secteur, et qui ont décidé de se marier après plusieurs décennies d’histoire tumultueuse.

Un itinéraire mouvementé

C’est notamment le cas d’ailleurs pour Tyco. Jusqu’au début des années 2000, Tyco était un grand conglomérat, un peu un symbole de l’industrie américaine, diversifiée et triomphante. Un vrai concurrent à General Electric, plus petit certes, mais présent dans l’industrie, l’électronique, la robotique, les machines-outils, etc.

L’explosion de la bulle internet et la crise boursière sont passées par là. Mais aussi le scandale Enron. Et avec le démantèlement de la gigantesque fraude en interne chez le courtier en énergie, les soupçons ont commencé à se diriger vers les gros conglomérats à la structure financière un peu opaque.

Recentrage stratégique

Ce fut le cas de Tyco, qui a longtemps été dans le viseur des autorités réglementaires américaines, et qui a dû payer un lourd tribut à cette opération-transparence généralisée.

En est ressorti toutefois un groupe assaini, et recentré autour d’un secteur très précis, celui des automatismes du bâtiment: équipements-incendie, circuits électriques, câblages, etc. Et les récentes opérations géantes de fusions-acquisitions sont toutes marquées par un fil directeur très clair: constituer en majorité des champions de grande taille, mais spécialisés sur un axe stratégique précis.

Déménagement fiscal vers l'Irlande

C’était donc le moment ou jamais pour Johnson Controls, spécialiste du génie climatique. Ainsi, on crée un géant de l’équipement intérieur des bâtiments. L’histoire pourrait ressembler à un mariage de rêve s’il n’y avait pas un autre aspect majeur derrière tout cela. Et encore une fois, il va être question de fiscalité.

Car le but de la manœuvre pour Johnson Controls est également de prendre le contrôle d’une entreprise… dont le siège social est en Irlande, et d'en faire le centre opérationnel de la nouvelle entité, sa nouvelle maison.

Taux d'imposition réduit de plus de 50%

Et on l’a vu lors des dernières opérations ou tentatives de fusions aux États-Unis, notamment dans le domaine de la santé, c’est devenu un sujet de préoccupation numéro 1 pour les grandes multinationales, évidemment très intéressées par les régimes fiscaux les plus avantageux. 

La classe politique américaine a même donné un nom à ces opérations qu’elle décrie très souvent: "Tax Inversion M&A", ou "Fusion à but d’évasion fiscale". En se délocalisant des États-Unis vers l’Irlande, une entreprise voit son taux d’imposition passer d’un peu plus de 30% à … 12,5%.

Débat politique vif

Un paramètre capital pour des opérations souvent de grande taille. Par exemple, l’opération Johnson Controls-Tyco, si elle reçoit le feu vert des autorités, générerait 150 millions de dollars par an, en plus des 500 millions de synergies industrielles espérées.

Cette opération, qui intervient entre deux grands acteurs réputés de l’industrie américaine, va sans doute rejaillir dans le débat de la campagne présidentielle américaine.

Problème de stratégie, ou d'impôt sur les sociétés?

Il est vrai que certaines des précédentes opérations du même genre ont échoué. En particulier une précédente tentative d’offensive de Pfizer sur AstraZeneca, qui avait soulevé la colère de la classe politique britannique, soucieuse de ne pas laisser les géants du pays se faire croquer, simplement parce qu’une société américaine trouve qu’elle paye trop d’impôts.

Mais le débat sera sans doute relancé sur des bases plus saines, car l’abondance de ces opérations prouve bien que quelque chose ne va pas. Et même si certaines d’entre elles peuvent être remises en question, les candidats à la présidentielle américaine devront sans doute aller plus loin, et s’interroger: le véritable problème n’est-il pas un taux d’imposition aux entreprises trop haut aux États-Unis?

Antoine Larigaudrie