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Fusions-Acquisitions: l’année 2015 démarre sur les chapeaux de roues

Le milliardaire de Hong Kong, Li Ka-Shing, aura été le maître d'oeuvre de 2 des plus grosses opérations de fusion-acquisition du 1er trimestre 2015 au niveau mondial. Quasiment 50 milliards de dollars à lui tout seul.

Le milliardaire de Hong Kong, Li Ka-Shing, aura été le maître d'oeuvre de 2 des plus grosses opérations de fusion-acquisition du 1er trimestre 2015 au niveau mondial. Quasiment 50 milliards de dollars à lui tout seul. - Philippe Lopez

811 milliards de dollars sur le seul premier trimestre ! Le marché des fusions-acquisitions commence l’année tambour battant, sur une dynamique jamais observée depuis 2007, juste avant la faillite de Lehman Brothers. Et ce n’est sans doute pas fini.

Le meilleur trimestre en 8 ans, et une hausse de 21% sur un an selon les chiffres de Thomson Reuters. Joli score pour l’ensemble des opérations de fusions-acquisitions au niveau mondial cette année, l’appétit retrouvé des entreprises pour la croissance externe et pour le risque est jugé comme un signe extrêmement encourageant pour l’ensemble de l’économie mondiale.

C’est le secteur de la santé qui a signé le score le plus élevé, avec 3 grosses opérations annoncées rien que sur les tout derniers jours sur trimestre. Dans l’assurance santé américaine, avec le prescripteur Catamaran repris par UnitedHealth pour quasiment 13 milliards de dollars tout en cash, le spécialiste israëlien des génériques, Teva, qui rachète Auspex pour 3,2 milliards, et Horizon Pharma qui met la main sur Hyperion pour 1,1 milliard.

Conditions de marché optimales

Mais évidemment le trimestre aura été aussi marqué par le secteur agro-alimentaire, avec l’opération majeure du secteur, la reprise de KraftFoods par le tandem Berkshire Hathaway-3G, pour enclencher une fusion géante avec les ketchups Heinz.

Des opérations ambitieuses, structurantes pour leurs secteurs respectifs, et de grosse taille pour la plupart, une vague importante due à des conditions de refinancement optimales en premier lieu. Les taux sont au plus bas grâce aux banques centrales du monde, les liquidités abondantes et bon marché, avec des entreprises qui ont fait le dos rond pendant plusieurs années après la crise, et qui désormais disposent de beaucoup de cash, grâce auquel elles peuvent mener des opérations ambitieuses.

L’Amérique se taille la part du lion

La valorisation réputée élevée des proies potentielles en bourse étant compensée par les conditions de financement pour le coup vraiment avantageuses, et les proies en elles-mêmes, souvent déjà très bien restructurées et sources de synergies simples et immédiates.

Ce sont d’ailleurs les entreprises américaines qui signent le plus grand nombre d’opérations sur ce 1er trimestre 2015. 400 milliards de dollars, quasiment la moitié du montant des fusions-acquisitions au niveau mondial. Une progression de 30% sur un an.

L’effet Dollar fort

Pas de mystères, une des principales raisons de cet appétit des entreprises américaines et notamment pour des fusions transfrontalières, c’est qu’elles permettent d’acquérir des actifs libellés en monnaies étrangères pour contrer les effets du dollar fort. Ainsi elles peuvent mettre la main sur des outils industriels comptabilisés en monnaie locale, et donc compenser la force de la devise américaine.

Et au vu de la tendance actuelle sur le dollar, cet argument de fusion va perdurer un long moment, et soit devenir un argument central pour lancer tel ou tel projet de rachat, soit en accélérer d’autres, ou encore même faire ressortir des cartons d’autres initiatives du même genre.

Un géant nommé Li Ka-Shing

Et quid de l’Europe ? Au total les entreprises du continent n’auront pas franchement profité à plein de la frénésie actuelle. Sur le 1er trimestre, le montant est même en recul de 4% à 168 milliards de dollars. La seule opération de poids qui aura eu lieu en Europe sur la période aura été le rachat d’02 par Hutchison Whampoa pour 15 milliards de dollars. Aucune autre opération ne figure dans le top 10 des plus grosses fusions-acquisitions du monde pour le moment.

En revanche, c’est le nom d’ Hutchison Whampoa qui revient pour illustrer la plus grosse opération du continent asiatique sur la période, la fusion-absorbtion des holdings du milliardaire de Hong Kong, Li Ka-Shing, pour plus de 45 milliards de dollars.

2015, année record ?

En grande partie grâce à cette opération, le total des fusions-acquisitions en Asie aura atteint 194 milliards de dollars toujours au 1er trimestre, une hausse spectaculaire de 63% sur un an.

Et si les conditions de marché restent aussi avantageuses, que les tendances actuelles, et que le besoin de grossir industriellement, tout en se prémunissant contre les effets de changes persistent, on s’achemine vers une année 2015 extrêmement faste du point de vue des fusions-acquisitions, peut-être de nature à battre les records de 2014 et 2007, ou l’on avait dépassé au niveau mondial des 3.500 milliards de dollars d’opérations.

Antoine Larigaudrie