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FED: plus de "patience", mais pas d’"impatience" 

Janet Yellen a signé par ses derniers commentaires sa véritable entrée dans l'histoire de la Réserve Fédérale Américaine.

Janet Yellen a signé par ses derniers commentaires sa véritable entrée dans l'histoire de la Réserve Fédérale Américaine. - Chip Somodevilla - Getty Images North America - AFP

Tout est question de mots dans la politique et les communiqués des grandes banques centrales. Et Janet Yellen vient sans doute de marquer de son empreinte l’histoire de la Réserve Fédérale avec ses derniers commentaires.

"Ce n’est pas parce que nous avons retiré le terme 'Patient' de notre dernier communiqué que nous allons nous montrer 'Impatients' ". Une phrase alambiquée, mais finalement assez explicite pour décrypter les futures décisions monétaires de la Réserve Fédérale.

La FED a introduit ce terme de "Patience" il y a quelques mois pour faire passer un message simple au marché, pour leur permettre d’anticiper quand la banque centrale va enfin commencer à remonter ses taux directeurs.

Principal risque, le dollar fort

Un mot, un seul mot qui a provoqué un phénomène marquant, que Janet Yellen tente de contenir, des erreurs d’anticipation de la part des marchés. Car oui, l’économie américaine redécolle à grande vitesse, mais il reste quelques points de faiblesse, notamment l’inflation qui reste basse sur le long terme.

Et puis, fait marquant, la FED a encore abaissé pas mal de ses prévisions économiques, en constatant que le dollar fort commence à peser sur la rentabilité et les performances des entreprises américaines. Un facteur lourd à prendre en compte, alors que le moindre mouvement à la hausse sur les taux directeurs va provoquer une appréciation mécanique de la monnaie.

Quelques points négatifs

Certes le marché de l’emploi s’améliore de manière spectaculaire de mois en mois, la FED le reconnaît, mais il manque un ingrédient indispensable à une vraie forte reprise économique : que ça se ressente sur le niveau des salaires. Et là, même si on a quelques signes d’amélioration tangibles, pour l’instant tout ceci confirmation.

On a aussi quelques ratés dans ce contexte de reprise sur l’ensemble des indicateurs économiques, certaines régions industrielles des Etats-Unis sont un peu à la traîne. Et puis autre point fâcheux, les mises en chantier en baisse spectaculaire le mois dernier. Le marché immobilier américain donne des signes d’instabilité persistante.

Points d’équilibre complexes à trouver

Du coup Janet Yellen doit cultiver encore son art de gérer l’entre deux. Rassurer le marché sur les intentions de la FED de relever ses taux, avec un calendrier à peu près précis (juin ou septembre), tout en donnant des gages précis que rien ne serait fait de nature à freiner la reprise économique américaine.

Un travail d’équilibriste qui a rassuré les marchés actions, qui ont bien grimpé, mais qui a provoqué une volatilité spectaculaire sur l’euro-dollar et les taux. Justement le marché a sans doute tenté de rééquilibrer ses positions en fonction des anticipations et des intentions présumées de la FED.

Grande volatilité du dollar

Cela a d’une part provoqué des prises de bénéfices extrêmement fortes sur le dollar, l’euro était à 1,05-1,06 en début de journée, a flambé à 1,10 avec les commentaires de la FED, avant de redescendre du côté d’1,07. Et le tout sur des volumes énormes, certains courtiers comme FXCM, estimant que c’était du jamais vu depuis février 2012.

D’autre part de gros mouvements sur les taux, avec notamment des taux longs américains qui ont faibli, le 10 ans passant largement sous les 2%.

Le marché a donc agi un peu comme si le mot "Patient" était resté dans le communiqué. La FED va continuer à scruter l’économie américaine, pour être sûre que sa décision de relever ses taux ne brise pas l’élan américain. Mais en réalité Janet Yellen fera sans doute payer le marché par un surcroît de volatilité et d’indécision qui est appelé à durer.

Antoine Larigaudrie