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Fed: maintenant ou jamais?

Ce bâtiment sera le plus scruté du monde, ce soir. La décision de la FED sur ses taux directeurs est l'objet de débats extrêmements contradictoires, mais dans une relative sérénité.

Ce bâtiment sera le plus scruté du monde, ce soir. La décision de la FED sur ses taux directeurs est l'objet de débats extrêmements contradictoires, mais dans une relative sérénité. - Karen Bleier - AFP

Jamais la décision d’une banque centrale n’aura été autant attendue, de mémoire de boursier. Le verdict de la Fed ce soir sur ses taux est d’autant plus attendu que les prévisions à court terme évoluent encore, et de fait les marchés sont plongés dans l’incertitude la plus totale.

Curieux mélange de sentiments sur l’ensemble de la communauté financière concernant ce grand rendez-vous de la Fed. Des sourires entendus et des propos définitifs en matière de hausse des taux… ou pas, bref une incertitude quasi-totale quand on fait la moyenne, mais en même temps une relative sérénité.

Incertitude parce qu’il y a encore une semaine, si l’on faisait la moyenne de ce qu’attendaient spécialistes et économistes, on arrivait à 30% de probabilité d’un relèvement de taux. Trop de menaces planent encore sur l’économie américaine pour que la Fed enclenche la machine.

Goldman Sachs fronce les sourcils

Economie encore en croissance modeste, marché de l’emploi en progrès mais pas encore sur une vraie forte dynamique haussière, surtout point de vue salaires, et une inflation toujours faible, le niveau des prix restant un des paramètres principaux que la Fed surveille pour motiver son action.

Goldman Sachs, la prestigieuse banque d’affaires qui a la réputation de faire la pluie et le beau temps sur les marchés, a enfoncé le clou hier soir par la voix de son patron Lloyd Blankfein. Il a déclaré que le moment qu'il n’était certainement pas propice à un relèvement des taux, la décision pouvant occasionner trop de turbulences sur les marchés, sur le système bancaire américain et sur l’économie américaine, qui "n’y est pas encore prête" ajoute-t-il.

Tensions sur les taux, notamment courts

Et pourtant… Un autre son de cloche retentit depuis deux jours, et parle précisément de la réunion de politique monétaire de ce soir comme d’une opportunité unique. Pour des raisons de timing, précisément. Un nombre croissant d’économistes estime qu’il est certes important pour la Fed de ne pas se précipiter, mais aussi crucial de faire ce qu’il faut au moment opportun !

Ce camp qui reprend de l’ampleur, et ceci se matérialise par des tensions sur les taux du marché obligataire. Le bon du trésor américain 10 ans flirte avec les 2.3% de rendement, et on a surtout des taux à 2 ans autour de 0.82%, au plus haut depuis août 2011. Même les taux européens se tendent un peu dans le sillage.

Hausse d’ores et déjà intégrée

Car les taux doivent remonter. Même si elle n’est pas parfaite, la dynamique de croissance américaine est bien là, et la majeure partie des déséquilibres monétaires mondiaux est due justement à la politique de la Fed. Il faut donc y mettre fin avec un geste symbolique, sans pour autant trop déstabiliser la planète économique.

La plupart des marchés actions et des marchés de taux et de changes ont d’ores et déjà intégré une remontée de 0.25% des Fed Funds. Et la conviction de cette frange de spécialiste des marchés est claire et nette : si la Fed ne remonte pas ses taux ce soir, c’est à se demander si elle les remontera un jour ! Car c’est le moment où jamais.

Fenêtre de tir réduite

Si l’institution passe encore son tour, il faudra remettre une éventuelle décision au mois prochain, comité de politique monétaire qui se passera sans communication à la presse. Donc à priori peu plausible, sauf surprise. Mais après, la fenêtre de tir se réduit considérablement. Il restera la réunion de décembre, mais si la FED passe encore son tour, il faudra attendre l’année prochaine.

Un délai très long qui risque d’avoir des effets secondaires sérieux, et en particulier entretenir dans le temps les déséquilibres monétaires actuels, d’une part avec la BCE, d’autre part avec des pays émergents qui commencent à payer la faiblesse de leur monnaie au prix fort.

Deux camps sereins et convaincus

Donc de 30% il y a une semaine, les probabilités sont remontées environ à 50/50, avec encore une très légère majorité aux tenants d’un statu quo (sans doute l’influence de Goldman Sachs !). Ce qui donne quand on interroge les spécialistes de marché un curieux sentiment de sérénité.

On a d’un côté des prévisionnistes qui attendent sans stress un statu quo, pour des raisons tout à fait valables… Et de l’autre, ceux qui attendent tout aussi sereinement, convaincus que la FED va agir. Le tout sur la base d’arguments qui recoupent ceux du camp adverse ! Et avec le sentiment que le marché est tout à fait en mesure d’encaisser le coup sans broncher.

Volatilité en baisse… pour le moment

Bref, de la sérénité à tous les étages et quelles que soient les convictions. Preuve du curieux calme qui entoure le marché ces dernières heures, une forte baisse de la volatilité avec un indice VIX qui retombe du côté des 21 points, alors qu’il y a un peu plus d’une semaine, au cœur de la tempête boursière, on avait dépassé les 30.

On a donc désormais le meilleur des 2 mondes en termes d’attentes de marché, et quel que soit le résultat de ce soir, c’est le soulagement qui l’emportera… avant que d’éventuelles craintes autour des élections législatives grecques ce week-end n’apportent à nouveau leur lot d’incertitudes et de tensions !

Antoine Larigaudrie