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FED: et si les taux ne remontaient pas cette année?

La Présidente de la Réserve Fédérale Américaine, Janet Yellen, ne peut que constater l'instabilité de la reprise américaine.

La Présidente de la Réserve Fédérale Américaine, Janet Yellen, ne peut que constater l'instabilité de la reprise américaine. - Chip Somodevilla - Getty Images North America - AFP

Trou d’air de croissance au 1er trimestre, volatilité des statistiques, l’économie américaine semble connaître une vraie panne en ce début d’année 2015. De quoi refroidir la Réserve Fédérale Américaine dans sa volonté de normaliser sa politique monétaire.

"Des facteurs transitoires et temporaires" dit la FED, pour expliquer le coup de faiblesse de l’économie américaine au 1er trimestre. Certes le froid de l’hiver, le dollar fort, mais aussi la baisse des cours du pétrole (bénéfique pour le consommateur, mais pas pour les grands pétroliers) sont considérés comme des évènements plus exceptionnels qu’autre chose.

Mais au fond, ce ralentissement n’a t’il pas des causes plus structurelles ? La FED constate elle-même une croissance qui cale complètement dans certaines régions clé des Etats-Unis. Le marché du travail reprend, mais reste volatile, pour une FED qui cherche une tendance de fond durable.

Cahots ou limites de la croissance américaine ?

Surtout un tas d’autres indicateurs, on voit que l’économie américaine, même si elle reste sur une pente largement ascendante en moyenne, connaît des cahots importants, sans compter l’ensemble des déséquilibres mondiaux impliqués d’un côté par une zone économique qui attend de remonter ses taux, et de l’autre une zone euro qui a entamé un plan de rachats d’actifs massif.

Du coup, l’impression que la locomotive économique mondiale est en train de caler semble s’installer sur les marchés. Les hoquets sont-ils effectivement des facteurs inhérents à la qualité de la reprise américaine, où est-elle déjà en train de montrer ses limites, comme c’est le cas au Royaume-Uni par exemple ?

Trouver le timing parfait

Beaucoup commencent à le penser et estiment qu’on en arrive aux limites d’une économie américaine qui a été nourrie par la politique de rachats d’actifs de la FED ces dernières années, mais qui peine encore à voler de ses propres ailes dans un environnement de taux normaux.

Et un éventuel relèvement des taux de la FED, même s’il est minime dans un premier temps, serait un acte suffisamment fort et fondateur pour les cycles économiques à venir pour ne vraiment pas être pris à la légère et être effectué avec le timing optimal.

Juin ou septembre ?

D’où la question… Quand ? D’après les anticipations des économistes, les anticipations de taux sur les marchés et le modus operandi que la FED s’est fixé pour se réunir et décider de sa politique monétaire, deux moments paraissent désormais propices. Juin ou septembre.

Concernant juin, au vu des dernières indications que donne l’économie américaine, et même en cas d’énorme surprise, plus personne n’anticipe quoi que ce soit. Si les indicateurs s’améliorent, cela prouvera encore une fois la volatilité de la reprise américaine. S’ils continuent à donner des signes de faiblesse, aucune raison de se presser.

Fin d’année… ou 2016 ?

Reste septembre… Et là beaucoup d’économistes en sont à penser que même en cas de début d’amélioration ce mois-ci, la FED voudra observer la tendance sur un plus long terme avant de décider quoi que ce soit. Et là aussi au final, fort peu de chance que la situation devienne suffisamment nette pour que la Réserve Fédérale appuie sur le bouton.

Reste donc… décembre ! Ou même l’année prochaine ! Et même si Janet Yellen, la présidente de la FED a ôté le mot " patience" de son communiqué, elle a bien précisé que la Banque Centrale se garderait bien de se montrer impatiente en voulant remonter ses taux trop tôt.

De quoi désormais se dire que ce n’est pas pour cette année. Et que le scénario inéluctable d’un dollar de plus en plus fort et d’un euro de plus en plus faible se doit d’être tempéré, tant désormais la volatilité semble être passé des marchés aux indicateurs de l’économie réelle.

Antoine Larigaudrie