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EDF/ArevaNP: 15 jours de réflexion suffiront-ils?

La dernière ligne droite pour unir EDF et ArevaNP s'annonce comme une course d'obstacles, aussi bien pour des questions de valorisation que d'actionnariat.

La dernière ligne droite pour unir EDF et ArevaNP s'annonce comme une course d'obstacles, aussi bien pour des questions de valorisation que d'actionnariat. - Philippe Desmazes - AFP

Dernière ligne droite dans les discussions pour la création de la nouvelle alliance du nucléaire français, autour de la scission d’ArevaNP, l’entité spécialisée dans les réacteurs. Mais le chemin reste bien difficile pour préparer l’accueil de nouveaux partenaires, ou ne serait-ce que pour correctement valoriser l’ensemble.

C’est un échiquier complexe, et en perpétuel mouvement, autour d’un actif pourtant stratégique. Et difficile de penser que 15 jours vont être suffisants pour mettre tout le monde d’accord. C’est pourtant tout le temps qu’il reste avant qu’EDF ne lance son offre sur ArevaNP, et que s’enclenche la mécanique qui conduira à la formation du nouveau spécialiste français du nucléaire.

Au 30 novembre, le groupe Areva va scinder sa filiale réacteurs et ingénierie nucléaire, et EDF lancera une offre formelle sur 51% de l’entité. Areva en gardera 15%, le reste du capital pouvant être pris par des partenaires extérieurs, notamment étrangers. Processus clair, mais loin d’être évident au vu des inconnues qui subsistent.

Équation-prix difficile

Déjà le plus gros problème, celui de la valorisation. Quand les discussions ont commencé il y a plusieurs mois, au moment où il fallait sauver un Areva en grosse difficulté, très endetté et bloqué stratégiquement, EDF a donné son accord pour participer à une union défensive, afin de mettre Areva à l’abri de ses plus gros problèmes.

À l’époque, le cours d’Areva s’était effondré en bourse, victime notamment des retards à répétition sur le programme EPR finlandais et sur la centrale de Flamanville, du même type.

Valorisation toujours plus faible

Et EDF y voyait une bonne occasion d’en tirer le meilleur prix, en proposant d’investir 2 milliards d’euros. Areva en voulait 4, mais n’avait certes pas la main forte pour négocier. Les deux se sont mis d’accord sur 2,7 milliards d’euros.

Mais depuis, le titre en bourse a continué à perdre du terrain, personne sur les marchés financiers ne croyant à cette alliance, entre un EDF lui-même affaibli, et un Areva dont la santé financière ne s’améliore en rien. Du coup la valorisation de ce dernier est tombée à 2,6 milliards d’euros sur le marché.

Gérer les nouveaux investisseurs

Ce qui donne maintenant toute latitude à EDF pour renégocier le prix à la baisse, sous les 2,7 milliards d’euros d’origine, et faire retomber les enchères du côté de son plan initial, les 2 milliards. Et c’est sur ce point crucial que les discussions de ces 15 prochains jours vont sans doute être les plus compliquées.

Mais le sujet des nouveaux investisseurs n’est guère plus simple. Parmi les nouveaux entrants pressentis, le Japonais Mitsubishi Heavy Industries, partenaire de longue date d’Areva, notamment sur le projet ATMEA, le réacteur nouvelle génération à moyenne puissance.

Mitsubishi: des considérations stratégiques

Mitsubishi, dont le patron s’exprimait dans Les Echos ce mercredi, estime que l’entrée au capital d’ArevaNP ne serait que justice, scellerait le partenariat existant et permettrait de protéger tous ses intérêts stratégiques.

Notamment parce qu’ArevaNP pourrait accueillir d’autres investisseurs, et notamment des groupes chinois. Une option que le Japonais Mitsubishi évidemment verrait d’un mauvais œil, pour des considérations politiques et surtout stratégiques, puisque cette technologie est essentielle pour les intérêts du groupe.

Manque de vision globale?

L’affaire est donc fort compliquée, mais ce que la communauté financière retient surtout, c’est le manque de vision stratégique globale qui entoure le projet d’alliance.

D’autant que certains analystes doutent maintenant de la capacité d’Areva en tant que tel, à développer à terme et à faire fonctionner la technologie EPR, qui a été vendue à Flamanville, en Finlande, et pour plus tard du côté du marché britannique. A tel point qu’on parle d’une venue en Finlande d’Emmanuel Macron lui-même pour s’assurer de l’avancée des travaux !

Besoin d’un signal décisif

Il pourrait donner un signal fort de confiance dans le chantier EPR, malgré les retards accumulés, les milliards d’euros de provisions déjà passés, et tous les dédommagements futurs que le groupe va devoir verser.

Et sans ce signal politique, et l’idée d’une vraie mobilisation de l’État autour de cette alliance et de directions stratégiques claires, il y a de fortes chances que l’alliance EDF/Areva soit totalement inutile au final, en plus de fragiliser deux groupes déjà en difficulté.

Antoine Larigaudrie