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Dette à risque: le dossier chaud qui pourrait faire basculer Wall Street

La bourse américaine s'inquiête de la possible explosion d'une nouvelle bulle spéculative : celle de la dette à haut rendement. Un sujet capital pour l'année à venir.

La bourse américaine s'inquiête de la possible explosion d'une nouvelle bulle spéculative : celle de la dette à haut rendement. Un sujet capital pour l'année à venir. - Jewel Samad - AFP

Depuis quelques semaines, un segment des marchés financiers commence à donner d’inquiétants signes de faiblesse: celui de la dette d’entreprise à haut rendement (High Yield). Certains analystes y voient même le point de départ potentiel d’une nouvelle crise financière grave.

On n’en a pas fini de gérer tous les déséquilibres provoqués par l’action des banques centrales à travers le monde. Et ironie du sort, une nouvelle crise pointe sans doute, alors qu’au même moment la FED doit prendre la décision la plus importante de son histoire: relever ses taux directeurs pour la première fois depuis 2006.

Mais on observe désormais une accumulation de signes inquiétants sur certains produits de dette privée, dite dette à haut rendement. Ces obligations ont été émises depuis quelques années par des entreprises au profil de risque relativement élevé, start-up, sociétés de croissance, nouveaux modèles économiques… Et qui dit risque d’investissement plus élevé, dit aussi rendement plus élevé.

Contexte monétaire favorable

Ces produits ont connu un succès fulgurant, précisément parce que les politiques de la FED notamment, puis de la BCE, avec baisses de taux et rachats d’obligations, ont provoqué une forte baisse des rendements de tous les produits de dette, et notamment les obligations d’état.

Mais les obligations d’entreprises, même si elles sont naturellement plus rémunératrices, ont suivi le même mouvement, et ont connu de fortes baisses. Donc il est devenu peu intéressant d’investir dans de la dette d’état ou de la dette d’entreprise bien notée.

Investisseurs cherchent rendement désespérément

Et c’était aussi l’un des objets de ces politiques monétaires. Faire en sorte que le marché prenne plus de risques, fasse mieux circuler l’argent, et se mette à investir dans des entreprises au profil de risque un peu plus élevé.

Comme les investisseurs cherchent du rendement, quoi de plus rémunérateur que de prêter à des entreprises qui servent des taux bien plus élevés, voire carrément à deux chiffres? C’est notamment avec ce genre d’obligations que Numéricable a financé le rachat de SFR pour 13 milliards d’euros en 2014.

Des centaines de milliards de dollars de capitaux

Ainsi sont montés en puissance pendant ces dernières années une multitude de fonds "High Yield", des fonds regroupant tout un tas d’obligations de ce type. Les investisseurs, oubliant un peu le facteur risque, au sein d’une conjoncture où on leur demandait d’en prendre davantage, se sont rués dessus.

À leur apogée en juin 2014, ces fonds avaient attiré 305 milliards de dollars de capitaux rien qu’aux États-Unis. On était alors passé du simple au triple en 5 ans seulement. Une croissance exponentielle sur des produits risqués qui n’a inquiété personne.

Inquiétudes structurelles

Mais voilà: malgré une conjoncture porteuse et des politiques monétaires ultra-avantageuses, les entreprises au profil de risque élevé le sont pour des raisons structurelles. En particulier des modèles économiques ou des structures financières compliquées, synonymes de faible rentabilité.

Et une entreprise qui ne dégage pas assez de profits, à la longue, connaît immanquablement des soucis pour refinancer sa dette et tenir ses engagements auprès de ses créanciers. Et beaucoup dans ce cas font faillite, laissant les créanciers essuyer de lourdes pertes.

Fuite massive de capitaux

Face à ce nouveau risque, énormément d’investisseurs quittent ce marché en craignant une explosion incontrôlée. L’indice qui suit l’évolution du plus gros fonds ETF de dette à haut rendement, l’américain IBoxx, à récemment plongé sur ses plus bas niveaux depuis juillet 2009, précisément le moment où ces fonds et ces produits ont pris leur envol initial…

Et désormais, on assiste à des fermetures de ces fonds par de très grands intervenants. Dernièrement, deux structures majeures ont dû fermer en catastrophe aux États-Unis, et être liquidées face à une fuite géante de capitaux. Un fonds à plus de 700 millions de dollars chez Third Avenue, et un à 900 millions chez Lucidus Capital. Les fermetures de structures plus petites se sont multipliées également ces dernières semaines.

La FED à la rescousse

La FED doit même réfléchir à des études d’impact et à des mesures d’urgence pour éviter que ce marché ne parte totalement à la casse.

En effet, un relèvement des taux de la Réserve Fédérale ne fera qu’accroître le mouvement de défiance face aux actifs risqués, alors que mathématiquement, le dollar et les bons du trésor vont devenir des placements un peu plus intéressants.

Un dossier capital pour 2016

Et la Réserve Fédérale va donc devoir prendre en compte un risque d’explosion en règle d’un marché dont dépend la santé financière de centaines de milliers d’entreprises. Sans même compter les conséquences pour leurs créanciers…

Un facteur qui inquiète le marché, et qui n’est sans doute pas étranger à la forte volatilité actuelle. La capacité de la FED à circonscrire ce début d’incendie sera un des catalyseurs fondamentaux de l’année 2016.

Antoine Larigaudrie