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Comment Total parvient à rester le pétrolier le plus profitable du monde

Malgré une année 2015 extrêmement dure pour l'ensemble de l'industrie, Total arrive à dégager des bénéfices en hausse, et attaque 2016 avec de sérieux acquis.

Malgré une année 2015 extrêmement dure pour l'ensemble de l'industrie, Total arrive à dégager des bénéfices en hausse, et attaque 2016 avec de sérieux acquis. - Eric Piermont - AFP

En dépit du plongeon historique des cours du pétrole, Total fait mieux que résister au milieu d’un secteur très fragilisé. Ses résultats financiers lui permettent d'entamer sereinement une année 2016 encore pleine d’incertitudes.

Bénéfice net divisé par sept pour Shell, résultats en baisse de 94% pour BP, et de 58% pour Exxon… Aux termes d’une année noire pour l’industrie pétrolière, Total fait largement mieux que l’ensemble du secteur.

Malgré une baisse de 75% des prix du brut sur 18 mois, le bénéfice du champion français aura grimpé de 20% sur l’année écoulée, à 5,1 milliards de dollars! Certes le quatrième trimestre aura été marqué par une perte de 1,6 milliard de dollars.

Surperformance impressionnante

Mais hors facteurs exceptionnels, comme les dépréciations, les frais de restructuration, etc… le groupe aura engrangé un bénéfice net ajusté de plus de 2 milliards d'euros, supérieur donc aux attentes des analystes. Notamment grâce aux revenus de l’activité de raffinerie, qui ne marque aucun signe d’essoufflement : +96% sur la période à près de 5 milliards de dollars !

Une performance exceptionnelle alors que, confronté à une chute des cours du brut qui ne semble pas avoir de fin, le secteur pétrolier est soumis aux questions les plus existentielles de son histoire, en terme d’activité et de rentabilité.

Faire le dos rond et s'adapter

Mais Total continue de tirer profit de son exceptionnelle capacité d’adaptation. Et il garde structurellement des sources de profit et de rentabilité. En témoignent ces performances, alors que parallèlement sur la période, la production pétrolière du groupe aura cru de plus de 5%...

Et grâce à ces acquis, Total va pouvoir continuer à faire le dos rond et à préparer une année 2016 encore pleine de défis pour l’ensemble de l’industrie. 

Le groupe prévient qu’il va réduire ses investissements, mais raisonnablement, passant de plus de 20 à 19 milliards de dollars. Des cessions d’actif sélectives sont programmées (autour de 4 milliards de dollars également).

Cela dit, Total le concède, les capacités de cession d’actifs ne sont pas infinies, tant la dégringolade des prix du brut a fait effondrer les valorisations. Impossible de vendre au meilleur prix un quelconque actif dans ces conditions. Mais le groupe reste positif sur ses capacités d’ajustement.

Point d’équilibre à … 45 dollars

Reste l’inconnue majeure: les cours du brut! Alors que certains analystes voient les prix du baril tomber à 20 dollars ou moins, et qu’aucune décision probante des pays producteurs ne point à l'horizon, il faut s’adapter à un contexte prolongé de prix qui vont rester sur les niveaux actuels.

Un défi alors que Total estime que son point d’équilibre pour l’ensemble de ses métiers est du côté des 45 dollars le baril… Le champion français va donc devoir mobiliser toutes ses forces de rappel pour résister. Et les acquis de 2016, remarquables, ne seront pas de trop.

Antoine Larigaudrie