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Comment EDF s'est mis en difficulté

EDF annonce de nouvelles mesures afin de relancer le groupe

EDF annonce de nouvelles mesures afin de relancer le groupe - Denis Charlet – AFP

"Sorti du CAC 40 en décembre 2015, EDF accumule les difficultés. Une situation tendue qui ne risque pas de s'améliorer et qui plonge le titre à des plus bas historiques."

Après avoir quitté le CAC 40 en fin d’année dernière, dix ans après y être rentré, EDF ne sort toujours pas la tête de l’eau. Pire, entre l’absence de communication de son principal actionnaire, l’État, sur le projet de construction de deux réacteurs EPR à Hinkley Point, et une dette abyssale de 60 milliards qui représente plus de trois fois la capitalisation boursière (21 milliards), la société semble désormais en grand danger. Et pourtant en 2008, l'électricien trustait les premières places en Bourse, ce qui faisait du groupe la treizième entreprise mondiale en termes de capitalisation boursière devant des géants comme Walmart, Total, Chevron, HSBC ou encore Alphabet, la holding qui chapeaute Google.

Désormais sorti de l'indice phare parisien, EDF tente de redresser la barre. C'est pourquoi le groupe a annoncé en fin de semaine dernière de nouvelles mesures pour renforcer les fonds propres. Le conseil d’administration a ainsi décidé de proposer une option de versement des dividendes en actions au titre des exercices 2016 et 2017, représentant "2,1 milliards d’augmentation de capital annuelle si 100% des actionnaires optent" pour ce versement, souligne Natixis dans une note. Mais surtout, l’énergéticien souhaite effectuer une augmentation de capital, "d'ici à la clôture des comptes 2016 et si les conditions de marché le permettent", de 4 milliards d’euros. Au total, ce sont donc près de 8 milliards d’euros qui pourraient entrer dans les caisses de la société. Une bonne nouvelle pour EDF mais une mauvaise pour les investisseurs, qui pourraient être fortement dilués par ces deux opérations.

Autre mesure annoncée par la direction, un plan de cessions d’actifs de 10 milliards d’euros, qui s’étendra jusqu’en 2020, afin de financer les nouveaux développements de la société. Des fonds et des économies supplémentaires qui serviront donc à racheter la branche réacteurs d'Areva, valorisée à 2,5 milliards et à financer le projet de Hinkley Point, dont le coût sera plus élevé que prévu (plus de 23 milliards d'euros).

Des prix bas et un État gourmand

EDF souffre avant tout aujourd'hui de la baisse des prix de marché, passés fin 2014 sous le niveau du prix (42 euros) d’accès régulé à l’électricité nucléaire (ARENH) auquel EDF doit vendre aux fournisseurs alternatifs une partie de son électricité d'origine nucléaire.

Une situation qui ne risque pas de s'améliorer d’autant que les prix de gros de l'électricité, compris entre 25 et 28 euros/MWh en France depuis début 2016, pourraient se maintenir à ce "niveau bas en France et en Europe au cours des deux à trois prochaines années", souligne la direction dans son communiqué.

La politique gourmande en matière de dividende de l'État a également privé EDF de près de 20 milliards d'euros de liquidités ces dix dernières années, selon le ministre de l'Économie Emmanuel Macron, ce qui a contribué à creuser la dette de l'entreprise.

EDF et la Bourse: des hauts et surtout des bas

La trajectoire boursière d’EDF ressemble désormais à une véritable descente aux enfers. Introduite à 32 euros en 2005, l'action s'est par la suite envolée pour atteindre 87 euros deux ans après. Une performance exceptionnelle, qui permettait au groupe de disputer à Total la tête du CAC 40. Désormais valorisée à un peu plus de 20 milliards, l'action cote lundi à moins de 11 euros. On comprend mieux dès lors la démission du directeur financier, Thomas Piquemal, qui estimait que le coût du projet d'Hinkley Point (23 milliards) pouvait mettre en danger la pérennité d'EDF.

Sami Bouzid