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Cette start-up gagne 260% en bourse en ne vendant rien!

La prodigieuse progression de Nano Dimension à la Bourse de Tel-Aviv suscite beaucoup de questions, en particulier sur la viabilité d'un modèle sans bénéfice ni chiffre d'affaires, pour une société qui n'aura créé... qu'un prototype d'imprimante en 1 an et demi !

La prodigieuse progression de Nano Dimension à la Bourse de Tel-Aviv suscite beaucoup de questions, en particulier sur la viabilité d'un modèle sans bénéfice ni chiffre d'affaires, pour une société qui n'aura créé... qu'un prototype d'imprimante en 1 an et demi ! - Jack Guez - AFP

C’est la plus belle performance du bouillonnant secteur de la high-tech israélienne. Nano Dimension a flambé de 260% en bourse l’année dernière… performance d’autant plus remarquable que son chiffre d’affaires est nul. Un cas singulier, qui confirme que les marchés ont un réel problème à valoriser en bourse les sociétés d’avenir.

Pas un client, pas un shekel de chiffre d’affaires… mais les investisseurs sont enthousiastes et y croient dur comme fer! Nano Dimension est sans doute l’histoire boursière la plus étonnante de l’année écoulée à tout point de vue.

Déjà par les technologies qu’elle développe. Nano Dimension est en réalité un tout petit laboratoire de développement, un atelier d’impression 3D qui occupe la moitié d’un étage d’immeuble à Ness Ziona, la cité israélienne de la High Tech, et qui emploie 44 personnes.

La 3D en un claquement de doigt 

Son travail: développer les solutions 3D du futur, avec pour objectif de créer un ensemble de technologies qui vont permettre de faire apparaître, quand on le désire, des objets en 3D, physiques ou simplement projetés en image. Un appel téléphonique? Le correspondant apparaît devant vous en 3D. Une entreprise a un objet à vendre? Elle le fait apparaître en quelques secondes sous les yeux ébahis des investisseurs et des partenaires industriels.

Sans oublier les débouchés possibles pour le monde de la publicité, du marketing et du commerce de manière générale. On en arrive à des perspectives exponentielles et inimaginables, dignes de films de science-fiction. Un vrai bond technologique! Le tout grâce aux solutions que développe en ce moment Nano Dimension.

Des capitaux à tour de bras 

Avec une capitalisation de 193 millions de Shekels, soit 49 millions de dollars, la société lève des fonds à tour de bras. Elle a levé 18 millions de dollars d’un coup lors de son entrée en bourse, et attire en masse les capitaux depuis qu’elle y est. Une des plus belles histoires boursières de ces dernières années en Israël, pays surnommé d’ailleurs "Start-Up Nation".

Reste que le cas est fort singulier. Comment une entreprise qui ne génère aucun chiffre d’affaires, et donc encore moins de bénéfices, qui n’est qu’un laboratoire de développement dépensant à fonds perdus dans une rupture technologique pour le moins incertaine, arrive à être cotée en bourse, et qui plus est, a ces performances mirobolantes?

Entrée en bourse "à la sauvage" 

Déjà grâce à la technique financière pure. Nano Dimension a réussi, en 2014, à s’introduire en bourse "à la sauvage", via la tactique dite de "Reverse Merger", ou fusion inversée.

Une compagnie privée, hors cote, rachète une entreprise cotée en bourse. Cela lui permet ainsi de fait d’accéder aux marchés et à leurs liquidités, sans avoir à lancer une opération d’introduction, forcément coûteuse et mobilisatrice d’énergie, sans compter les contraintes réglementaires.

Dépenses couvertes

C’est donc ce qu’a fait Nano Dimension, rachetant un concurrent, et immédiatement accédant à la bourse de Tel Aviv, où elle a donc signé cette extraordinaire performance cette année.

L’afflux de capitaux est tel que cela va lui permettre de couvrir pas mal de ses dépenses récentes et notamment le rachat de l’entreprise de départ, ainsi que tous ses frais de développement.

Un prototype d’imprimante et beaucoup de questions

L’opération en elle-même a beaucoup fait parler les boursiers israéliens, tant pour la forme que pour le fond, la société ne réalisant encore une fois aucun chiffre d’affaires ni bénéfices, et n’aura accouché en 1 an et demi que d’un prototype d’imprimante 3D! Une période nécessaire de "pré-revenus", comme le dit son PDG.

L’autre facteur qui aide cette entreprise c’est aussi l’atmosphère ambiante d’abondance de liquidités sur le marché. Certes, la bourse israélienne est un univers particulier, mais elle n’échappe pas aux réalités du moment, notamment la volonté de beaucoup d’investisseurs d’utiliser les liquidités disponibles sur le marché pour investir.

Frénésie d’introductions

Et la high-tech israélienne bénéficie d’une excellente réputation, tout comme son secteur medtech, les technologies médicales de pointe. 1.100 sociétés ont été introduites en bourse depuis 2014, et ont réussi à y lever 6,6 milliards de dollars de fonds. Une très belle performance, à l’échelle de ces sociétés souvent petites et gourmandes en trésorerie.

Mais à l’époque des licornes, des déca-cornes, des start-up qui deviennent scale-up… le marché commence sans doute à perdre la tête. La principale grosse interrogation sur les marchés en ce moment, c’est la valorisation des sociétés high-tech, et notamment du côté de Wall Street.

Progression irrationnelle

On sent que dans ce contexte de liquidités abondantes et de taux ultra-bas qui est appelé à ne plus être aussi porteur, beaucoup d’investisseurs sont prêts à retirer leurs billes très vite.

Cela explique aussi la très forte volatilité des marchés en ce moment. Et le cas de Nano Dimension pourrait ressembler à un cas d’école, au vu de la très (ou trop) forte progression du titre en bourse.

Antoine Larigaudrie