BFM Patrimoine

Ces grands patrons qui ont failli voir leur augmentation retoquée par leurs actionnaires

Avec seulement 54% de vote favorable, la rémunération de Carlos Ghosn chez Renault a frôlé le rejet.

Avec seulement 54% de vote favorable, la rémunération de Carlos Ghosn chez Renault a frôlé le rejet. - Lionel Bonaventure - AFP

La contestation des actionnaires n'a jamais été aussi forte qu'en 2017, année clé puisque la rémunération des dirigeants doit désormais être approuvée lors de l'assemblée générale. Les patrons d'Atos, Renault, Thales et Solocal par exemple, ont évité de justesse le rejet.

La contestation des actionnaires des plus grandes entreprises françaises n'avait jamais atteint un tel niveau. C'est ce que constate Proxinvest, cabinet de conseil aux détenteurs d'actions d'entreprises, dans son rapport annuel des assemblées générales 2017, publié ce mardi.

Au cours de ces réunions annuelles traditionnelles entre la direction et les actionnaires, quelques 85 résolutions, ces décisions stratégiques soumises au vote, ont été rejetées en 2017. C'est une trentaine de plus que l'année d'avant. Sachant que depuis 2005, même au plus fort de la crise en Europe, le nombre de résolutions rejetées n'avait jamais excédé le nombre de 64. Ainsi, 34 entreprises cotées ont subi la défiance de leurs actionnaires, contre 27 en 2016.

Une contestation croissante qui concerne, pour une grande partie, la rémunération des dirigeants d'entreprises. Et elle devrait d'autant plus les inquiéter que, avec la loi Sapin II, le vote des actionnaires est devenu contraignant l'année dernière. Une résolution sur la rémunération qui recueillerait moins de 50% des votes serait rejetée. Aucune ne l'a été, mais certaines sont passées à un cheveu.

Camouflet pour Thierry Breton chez Atos

Ainsi, les PDG d'Atos, de Renault, de Thales et de Solocal (Pages Jaunes) ont recueilli moins de 60% des voix en faveur de leur rémunération. Une majorité particulièrement faible, sachant que dans la majorité des grandes entreprises françaises, le capital de la société est contrôlé par les propriétaires et leurs alliés. Dès lors, plus de 20% de rejet est le signe d'une forte contestation.

À ce titre, Thierry Breton pour Atos a subi un véritable camouflet, avec 53% d'approbation, à cause des montants jugés excessifs de son salaire et de ses diverses primes. Proxinvest note en outre que la direction n'a eu aucune réaction face à la contestation.

Bien souvent donc, la forte approbation des éléments de reconnaissance financières des exécutifs, du fait de cette concentration du capital dans les mains de leurs alliés, a masqué l'hostilité des actionnaires "indépendants". Ainsi, si seuls les petits actionnaires votaient, quelques patrons de groupes très visibles auraient vu leur rémunération rejetée.

S'ils avaient représenté 100% des votants, ceux qu'on appelle les "minoritaires" auraient fait sauter celles des patrons de SFR (qui détient 49% de la maison-mère de BFM Business), du laboratoire Ipsen, des groupes Bic, JCDecaux, Dassaut Aviation et Dassault Systèmes, Iliad et Plastic Omnium.

Méthodologie: Proxinvest a étudié 317 entreprises cotées, au CAC 40, SBF 120 ou CAC All Tradable. Ses analystes ont suivi quelques 352 assemblées générales et analysée 6867 résolutions.

Nina Godart