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Brésil et pays émergents: la crise de confiance empire

Nouvelle épreuve pour la présidente brésilienne Dilma Roussef :son pays vient d'être dégradé par l'agence Standard And Poor's, confirmant les doutes sur les perspectives du pays et sur l'ensemble des pays emergents.

Nouvelle épreuve pour la présidente brésilienne Dilma Roussef :son pays vient d'être dégradé par l'agence Standard And Poor's, confirmant les doutes sur les perspectives du pays et sur l'ensemble des pays emergents. - Jewel Samad - AFP

Avec 120 milliards de dollars au mois d’août, les pays émergents subissent les plus forts retraits de capitaux jamais observés. Dégradation économique continue, perspectives en berne… et mauvaise santé financière, au point que l’agence S&P dégrade le Brésil au rang de pays "à risque".

Les anciens Eldorados n’ont plus la cote chez les investisseurs. Sur le seul mois d’août, 120 milliards de dollars de capitaux (chiffres du cabinet Capital Economics) ont fui l’ensemble des pays émergents, l’équivalent du montant retiré sur l’ensemble du 2ème trimestre, qui était déjà un record en la matière.

On assiste donc à une défiance qui prend de l’ampleur, à mesure que s’amenuisent les perspectives économiques de ces pays et que se dégrade inexorablement leur santé financière depuis quelques années.

Le poids des turbulences chinoises

Ce chiffre spectaculaire inclut, il est bon de le préciser, les conséquences des extraordinaires turbulences boursières en Chine à la fin du mois d’août, qui ont provoqué à la fois des ventes de gros blocs de capitaux des investisseurs internationaux, à la fois sur les marchés boursiers et au sein de l’économie réelle chinoise en général.

Mais au-delà de ce phénomène spectaculaire mais singulier, la tendance de fond de fuite des capitaux se confirme et s’accélère. Déjà parce que les perspectives de croissance des pays émergents s’amenuisent.

Des monnaies qui plient sous le poids du dollar

Véritables terres promises il y a encore quelques années, ces pays sont souvent fortement endettés et doivent maintenant affronter un phénomène commun, la baisse de leurs monnaies par rapport au dollar, conséquence de la politique de la FED.

C’est notamment le cas du Brésil ou de l’Afrique du Sud, symboles d’un phénomène qui touche 2 zones d’investissement majeures, l’Afrique et l’Amérique du Sud.

Forte correction sur les matières premières

La baisse de la monnaie certes donne un avantage compétitif de fait aux pays en question, mais réduit fortement la valeur de leurs actifs économiques. Du coup, la situation budgétaire de ces pays, souvent très dépendante de la qualité de leur dette, se dégrade, les obligeant souvent à se lancer dans des plans de soutien à l’économie particulièrement coûteux.

Facteur aggravant, beaucoup de pays émergents tirent leurs revenus de l’exportation de matières premières, pétrole, minerais ou denrées agricoles. Et leur cours subit une baisse continue ces 2 dernières années, provoquant une aggravation des situations budgétaires.

Le Brésil, désormais classé "Junk Bond" 

On en arrive à des situations extrêmement compliquées pour certains pays. L’Afrique du Sud par exemple a vu sa monnaie, le Rand, toucher des plus bas historiques face au dollar cet été, il perd 20% contre le billet vert depuis le début de l’année. Même chose pour la Livre Turque. Et le Réal Brésilien est la monnaie mondiale qui signe la plus forte baisse face à la devise américaine depuis le 1er janvier, -40%.

Le Brésil en lui-même est sans doute le cas le plus emblématique parmi les pays émergents, au point qu’il vient d’être dégradé par l’agence Standard & Poor’s. Sa note de crédit est désormais dans la catégorie des obligations spéculative. En clair, pays dans lequel il est risqué d’investir sur le plan financier.

Risques économiques et politiques

Le ralentissement y est impressionnant : de 7.6% de croissance il y a 5 ans, on passe à 0.1% seulement l'année dernière, et -2.6% sur le 2e trimestre de cette année. Et l’inflation est proche des 10%, un seuil critique pour un pays aussi développé.

Pour couronner le tout, le climat politique y est très mauvais, avec une présidente Dilma Roussef qui n'arrive pas à se dépêtrer d’un scandale de corruption qui la lie au pétrolier Petrobras... Et qui doit en plus gérer un déficit public de quasiment 7% du PIB, 128 milliards de dollars.

Problématiques similaires

Et l’avenir ne s’annonce pas plus brillant, puisque Standard and Poor’s a placé le pays sous surveillance négative, c’est-à-dire qu’un nouvel abaissement de note n’est pas exclu si la situation ne s’améliore pas dans les 6 mois à venir.

Et malgré quelques cas particuliers, comme l’Inde ou la Russie, qui gardent une relative stabilité économique malgré beaucoup de questions désormais sur leurs perspectives, tous les émergents sont à peu près logés à la même enseigne.

Effet boule de neige à craindre

L’abaissement de la note de crédit du Brésil au rang spéculatif pourrait provoquer une vague de dégradations dans l’ensemble des pays émergents, amenant ce qui risque de se passer dans les prochaines heures pour le Brésil.

A savoir un mouvement de vente massif de ses obligations par les grands investisseurs financiers, obligés de se défaire de leurs actifs risqués au milieu des turbulences actuelles. D’où une hausse des taux brésiliens et une situation qui va se complexifier encore un peu plus.

Crise commune pour les BRICS

Situation d’autant plus tendue que la plupart des économies émergentes sont liées entre elles par des liens commerciaux et financiers étroits, notamment la Chine, la Russie, le Brésil, l’Afrique du Sud et l’Inde, les fameux BRICS.

Ces zones d’investissements sont donc en grande partie otages et principales victimes des effets secondaires des politiques monétaires menées à travers le monde, notamment la FED et la BCE. Et tant que ces déséquilibres perdureront, la situation des pays émergents demeurera critique et source de risque.

Antoine Larigaudrie