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Biotech: des médicaments toujours plus chers qui inquiètent la Bourse

Jean-Christophe Verhaegen - AFP

Jean-Christophe Verhaegen - AFP - -

Face à l’envolée des coûts des traitements développés par le secteur biotech, la classe politique américaine commence à réagir et prévoit un grand ménage pour sauvegarder le système de santé.

"Un véritable scandale". C’est ainsi qu’Hilary Clinton, candidate démocrate à la Présidentielle américaine, a qualifié la flambée spectaculaire des coûts des traitements produits par les grands laboratoires biotechs américains. 

Elle réagissait notamment à un chiffre totalement fou, paru dans le NYTimes au matin. Le laboratoire Turing, qui développe un antibiotique spécialisé, le Daraprin, avait décidé qu’en 24 heures son tarif allait passer de 13.5 dollars le cachet… à 750 dollars/pièce ! Une hausse de 5000%... 

Une décision qui paraît insensée, mais que le laboratoire explique de manière très rationnelle : molécule orpheline, donc spécialisée et demandée, vieille de 62 ans, elle a été rachetée à une autre société il y a quelque temps, et n’a jamais été profitable. Il leur fallait donc répercuter le coût aux usagers…

"Une pratique courante", précise le laboratoire Turing, qui rappelle que tous les développeurs de molécule font de même pour couvrir les frais de développement des traitements. "Nous sommes loin d’être les seuls, et il en va de l’avenir de nos recherche", ajoute Turing. Reste que cette inflation spectaculaire a des conséquences désastreuses: immédiatement les hôpitaux et cliniques ont arrêté d’acheter le Daraprin, vu que plus personne n’a les moyens de se soigner avec, se résignant à recourir à d’autres médicaments moins efficaces au vu des qualités qu’offrait la molécule.

Autre conséquence spectaculaire, un mouvement de défiance impressionnant à court terme sur l’ensemble du secteur des biotechs cotées aux Etats Unis, leur indice sectoriel a perdu 5% après la réaction d’Hillary Clinton, dans un marché pourtant bien orienté dans son ensemble. Mais ces 5.000% de hausse de tarif ne passent décidément pas. Un chiffre spectaculaire qui n’est que la partie émergée de l’iceberg, puisque les autorités américaines sont confrontées depuis des années à une inflation galopante des coûts de certains traitements de maladies complexes mais de plus en plus courants: cancer, diabète, sclérose en plaques, etc.

La Grande-Bretagne en première ligne

Plus proche de nous, la Grande-Bretagne a décidé de ne pas prendre en charge certains traitements de lutte contre le cancer, jugés trop coûteux. Notamment le Kadcyla, molécule qui cible les cancers du sein et développée par le Suisse Roche : la prise en charge d’une patiente était tarifée 90.000 livres, l’équivalent de 120.000 euros. C’est l’un des médicaments les plus chers de l’ensemble du secteur pharmaceutique. La décision britannique concerne aussi une des autres molécules de lutte contre ces cancers particuliers, l’Avastin. Un choix que les autorités de santé britanniques elles-mêmes qualifient de difficile, mais essentielle pour la sauvegarde du système de santé, alors que les diagnostics de cancer sont en croissance depuis des années.

Maîtrise généralisée des coûts de santé

La laboratoire Roche a réagi en qualifiant la décision de "stupide", et en estimant que si toutes les autorités de santé prenaient ce genre de décision, le développement de nouvelles molécules ne pourrait plus être assuré. Un dilemme permanent et un vrai rapport de force qui est en train de prendre de l’ampleur à travers le monde, dans un contexte difficultés économiques qui obligent l’ensemble des pays développés à contrôler scrupuleusement leurs dépenses, notamment en matière de système de santé et de remboursement de traitements.

Cette déclaration résolue d’Hillary Clinton est sans doute l’une des premières d’une longue série signifiant aux laboratoires et aux biotechs qu’elles ne pourront plus faire tout et n’importe quoi en matière de tarifs. Une menace réelle et directe pour l’ensemble du secteur biotech, qui développe les molécules les plus spécialisées possible, celles qui ont une vraie plus-value, pour elles-mêmes ou pour de grands laboratoires.

Secteur privilégié par les particuliers

On a donc là un vrai dilemme économique pour des sociétés aux fonds propres souvent fragiles, qui jouent leur survie sur le développement d’une ou de quelques molécules, en ayant surtout recours aux flux de trésorerie, et en espérant des résultats positifs de nature à leur assurer les meilleurs débouchés commerciaux. Un vrai danger aussi pour les investisseurs, ceux qui nourrissent financièrement les biotech. Et parmi eux, une très grande quantité de petits porteurs, un des rares secteurs boursiers où ils sont encore très présents. Attirés par une forte volatilité des cours, certains ont pu profiter de taux de croissance spectaculaire.

Mais si la menace de ce grand ménage organisée par les pouvoirs publics à l’échelon mondial se confirme et s’intensifie, et que les budgets de prise en charge baissent, c’est toute la chaîne de développement et de valeur des biotech qui risque de devoir encaisser un coup majeur, avec dans le sillage leurs actionnaires. Et face à un secteur qui fait bien mieux que le marché depuis le début de l’année, on peut craindre une forte correction qui s’étalerait dans le temps à moyen terme, vu que rien qu’aux Etats-Unis l’indice des Biotechs grimpe de quasiment 30% depuis le début de l’année, contre un léger recul pour le S&P500. D'autant que le compartiment est souvent cité comme une véritable bulle spéculative.

Antoine Larigaudrie