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Banques centrales: la guerre des taux continue

L'Australie, premier exportateur de matières premières pour l’Asie de minerai de fer, cuivre..., doit composer avec des cours qui n’en finissent pas de baisser.

L'Australie, premier exportateur de matières premières pour l’Asie de minerai de fer, cuivre..., doit composer avec des cours qui n’en finissent pas de baisser. - BHP billiton - AFP

Toujours plus bas ! Tel semble être le mouvement sur les taux impulsé au niveau mondial par les grandes institutions monétaires pour faire repartir l’économie et la croissance. La banque centrale d’Australie est devenue ces dernières heures la 15ème Banque Centrale du Monde à décider d’abaisser ses taux directeurs cette année.

QE pour la BCE et la Banque du Japon, la pompe à morphine fonctionne à plein régime, la FED sent l’économie américaine redécoller, mais voit ses consoeurs à la traîne. Du coup son processus de normalisation prend du temps.

Les banques émergentes sont très partagées, en témoigne la Banque Centrale Indienne, qui laisse ses taux inchangés, de peur d’enrayer un processus de reprise dynamique. Tout le monde est tenté de laisser ses taux au plancher ces temps-ci. Sans même parler de la Banque Nationale Suisse dont l’action-surprise sur le soutien au Franc a provoqué une chute vertigineuse des taux, le 10 ans suisse étant négatif depuis !

Mais ce sont 2 banques centrales particulières qui monopolisent le débat ces derniers jours. Celles de 2 pays dans une situation particulière et finalement commune, le Canada et l'Australie. Proximité d’une zone économique dynamique mais dont la demande fluctue (Etats-Unis d’un côté, Asie de l’autre), grande dépendance au coût des matières premières (Pétrole pour le Canada, minerais pour l’Australie), devise relativement forte encore face au dollar… autant de problèmes qui instillent encore de vrais déséquilibres monétaires, au milieu d’une situation déjà passablement complexe.

Et de 15 avec l’Australie

Face à ce risque la banque centrale canadienne a été obligée d’abaisser ses taux de 0,25% à 1% la semaine dernière. Elle doit faire face à des risques clairs de récession. Le récent mouvement de baisse des prix du pétrole et la vague de désinvestissement de la part des grands pétrolier qui s’en est suivie touche de plein fouet la prolifique région de l’Alberta, et ses sables bitumineux que les majors de l’industrie sont progressivement en train de déserter pour cause d’investissements désormais plus rentables. Avec un effet très marqué sur l’activité économique et, surtout immobilière du secteur. Une récente enquête de cette même Banque du Canada montre que dans certaines zones, on a une bulle de survalorisation qui atteint parfois 30%.

Même problématique pour l’Australie, désormais 15ème banque centrale mondiale à décider d’abaisser ses taux cette année. Et sans doute la dernière qu’on attendait. Plusieurs mois de panne de croissance, et même problématique, le pays et le premier exportateur de matières premières pour l’Asie, minerai de fer, cuivre... Il doit composer avec des cours des matières premières qui n’en finissent pas de baisser, un état de la demande notamment chinoise extrêmement flou, et des grands groupes miniers (BHP Billiton et Rio tinto en tête) qui pour l’instant ne réduisent pas leurs activité production.

Une action radicale pour des économies qui restent fortes. Mais dont le principal problème est d’être lié trop étroitement à une conjoncture économique imprécise, le tout au milieu d’une sorte de dumping général sur les taux. Les politiques engagées au niveau international vont banaliser les taux zéro et même les taux négatifs, ce qui devrait constituer une aberration pourtant. Cette nécessité de se réaligner ne doit pas faire oublier que ces zones économiques cruciales seront à la traîne de la reprise mondiale et du cycle économique actuel, en espérant qu’il est bien enclenché.

Antoine Larigaudrie