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Alors que les livrets A se garnissent, les assurances-vie se vident rapidement

Les deux principaux placements financiers des Français ont des trajectoires très différentes depuis le début de la crise. Les Livrets A continuent à gonfler, tandis que les contrats d'assurances-vie connaissent une décollecte nette à un niveau rarement observé.

L'incertitude économique et la peur du chômage continuent à inciter les Français à puiser dans leur assurance-vie. La décollecte nette (c'est-à-dire la différence entre l'argent versé et l'argent retiré) des détenteurs de contrats a ainsi atteint 2,1 milliards d'euros en avril, après 2,2 milliards d'euros en mars, soit l'un des plus forts mouvements de décollecte nette depuis 2011, a annoncé mardi la fédération du secteur.

"Cette période exceptionnelle de confinement et d'incertitudes se traduit ce mois-ci par une collecte de cotisations moins élevée que les prestations versées par les assureurs", a résumé dans un communiqué la Fédération française de l'assurance (FFA).

Il s'agit du deuxième mois de décollecte nette (après mars) depuis décembre 2018, quand celle-ci avait atteint 700 millions d'euros, selon des chiffres publiés mardi par la Fédération française de l'assurance (FFA).

Et il faut remonter au deuxième semestre de 2011, année noire pour l'assurance vie, pour retrouver des niveaux mensuels si élevés de décollecte nette des dépôts.

Avec ce nouveau mois de forte décollecte, l'assurance vie tombe dans le rouge sur l'ensemble de l'année écoulée. Pour l'heure, en 2020, les Français ont retiré 1,9 milliard d'euros en plus qu'ils n'en ont déposé sur leurs contrats.

Des dépôts qui chutent sur l'assurance-vie

Ce mouvement massif obéit néanmoins à des raisons un peu différentes qu'en mars, période marquée par le début du confinement mis en place au milieu du mois pour lutter contre la propagation du coronavirus.

A l'époque, les Français avait surtout retiré en masse l'argent déposé sur leurs contrats d'assurance vie. Par contraste, les retraits n'ont pas été très élevés en avril - 8,5 milliards d'euros - par rapport au niveau observé chaque mois depuis un an. Ce sont les dépôts qui ont chuté, à 6,4 milliards d'euros, un niveau particulièrement faible. "En avril, comme cela avait déjà été le cas en mars, le confinement a restreint l'activité commerciale et le nombre d'opérations", a expliqué la FFA.

"L’encours des contrats d’assurance-vie (provisions mathématiques + provisions pour participation aux bénéfices) s’élève à 1.748 milliards d’euros à fin avril 2020", précise la FFA.

Un taux d'épargne proche de 40%

Rappelons que dans un mouvement inverse, la collecte (nette des retraits) du Livret A s'est envolée à près de 5,5 milliards d'euros en avril, et à 2,71 milliards d'euros en mars. L'encours total des sommes déposées sur les livrets A et les LDDS atteint le niveau record de 428,2 milliards d’euros, soit environ 14.665 euros par ménage. De janvier à avril, la collecte nette sur ces deux produits a atteint 17,30 milliards d’euros. 

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C'est "un niveau jamais atteint depuis la précédente crise (...) trois fois plus qu'au mois d'avril 2019", affirmait Éric Lombard, directeur général de la Caisse des dépôts, lors d'une audition devant des commissions sénatoriales.

"Les Français ont épargné parce qu'ils ne pouvaient pas dépenser et cette absence de dépenses naturellement pèse sur l'économie", a estimé Eric Lombard. "Aujourd'hui, nous estimons l'épargne des Français à 40% de leurs revenus", a-t-il poursuivi, ajoutant "que le plus tôt elle ressortira[it] (...) pour financer la consommation et l'investissement, le mieux ce sera[it]".

Olivier Chicheportiche avec AFP