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Actionnariat salarié: Comment Renault veut montrer l'exemple

Renault veut encourager ses collaborateurs à devenir actionnaires du groupe automobile en leur proposant six titres gratuits, un abondement et une décote.

Renault veut aller un cran plus loin dans l'ouverture de son capital aux collaborateurs. Dans un communiqué publié mercredi, le constructeur automobile a annoncé le lancement d'un vaste plan d'actionnariat salarié. L'objectif: faire en sorte que ses salariés détiennent 10% de son capital d'ici à 2030. Or, le groupe fait plutôt figure de bon élève en la matière avec 3,61% de son actionnariat total.

A titre de comparaison, "les salariés des entreprises du SBF 120 (l'indice boursier sur lequel est coté Renault, NDLR) détiennent en moyenne 2,62% du capital", précise Mirela Stoeva, directrice des études chez Eres, société de conseil et de gestion spécialisée en épargne salariale, retraite et actionnariat salarié.

D'autres sociétés affichent toutefois un actionnariat salarié bien plus important, à l'instar de TotalEnergies (l'actionnariat salarié y représentait fin 2021 un peu plus de 6,8% du capital).

Si le groupe Renault a déployé des conditions favorables pour ses collaborateurs, comment fonctionne l'actionnariat salarié de manière générale et en quoi est-il avantageux pour les salariés?

Un plan ciblé ou un plan d'épargne collectif

Toutes les entreprises (à l'exception des SARL), quelle que soit leur taille, peuvent proposer à leurs salariés de devenir actionnaires. "L'actionnariat salarié peut passer soit par un plan ciblé, soit par un plan collectif via un plan d'épargne d'entreprise (PEE)", rappelle Marie-Noëlle Auclair, directrice Le Cube, chez Eres.

Chez Renault, les actions des salariés française seront par exemple détenus sur un Fonds commun de placement d'entreprise (FCPE), un des supports collectifs où sont logées les actions des salariés. Mais ces derniers n'ont jamais d'obligation de devenir actionnaire de leur entreprise.

Quant au montant à verser et le nombre d'actions à acheter, il dépend des conditions fixées par l'entreprise. "Dans tous les cas, les versements dans le PEE ne peuvent excéder 25% de la rémunération annuelle du salarié", précise Marie-Noëlle Auclair.

La décote et l'abondement pour inciter les salariés

Pour inciter leurs salariés à prendre des participations à leur capital, les entreprises ont généralement deux leviers à leur disposition. D'abord la décote. Il s'agit d'une ristourne accordée aux salariés sur le prix des actions. Ensuite, l'abondement. L'employeur complète sans exiger de contrepartie le montant versé par le salarié. Les deux peuvent évidemment se combiner.

Ainsi, en plus d'attribuer six actions gratuites à 110.000 de ses collaborateurs (sur 111.000 au total), Renault a recouru, pour cette campagne, à ces deux outils. Dans 21 pays, l'entreprise va ainsi proposer 30% de décote sur ses actions ainsi qu'un abondement de trois actions gratuites par titre acheté (pour les deux premières actions achetées, soit au maximum six actions gratuites pour cet abondement). Concrètement, pour deux actions achetées avec 30% de décote, les salariés bénéficient de six actions gratuites qui s'ajoutent aux six premières actions "offertes" de base. Soit en tout 14 actions Renault.

Une fiscalité avantageuse

Mais, à la différence de l'achat en direct, les salariés actionnaires ne peuvent pas revendre à n'importe quel moment.

"Sur les plans d'actionnariat collectif via le PEE, les titres doivent être détenus pendant au moins cinq ans, sauf cas de déblocages anticipés", indique Marie-Noëlle Auclair.

Lorsqu'il revend ses actions, le salarié peut ensuite réaliser une plus-value ou une moins-value. En cas de pertes, les abondements et décotes potentielles jouent le rôle d'amortisseur.

Au niveau fiscal, l'actionnariat salarié reste très avantageux puisque le collaborateur ne paie aucun impôt sur le revenu. Il n'est taxé qu'à hauteur de 17,2% (les prélèvements sociaux) au lieu de 30% (prélèvement forfaitaire unique ou PFU, cumulant les prélèvements sociaux avec l'impôt sur le revenu) sur la plus-value qu'il dégage. Enfin, il peut percevoir des dividendes, versés chaque année ou chaque trimestre par l'entreprise.

Un outil pour améliorer le partage de la valeur

Pour l'entreprise, ce dispositif s'avère un bon moyen pour renforcer l'engagement des salariés. Mais l'actionnariat salarié est aussi un moyen de rééquilibrer le partage de la valeur créée. "Les primes d'intéressement et de participation représentent le premier étage du partage de la valeur", explique Marie-Noëlle Auclair.

L'actionnariat salarié permet d'aller un peu plus loin en proposant aux salariés d'être associés au capital. "Ils deviennent parties prenantes et partagent autant la valeur que le risque associé aux performances de leur entreprise", résume la spécialiste.

La question du partage de la valeur était déjà une des préoccupations phare du premier quinquennat d'Emmanuel Macron. L'objectif d’atteindre 10% du capital des entreprises françaises détenu par leurs salariés d’ici 2030 avait ainsi été formulé dans la loi Pacte, votée en 2019.

Aujourd'hui, le débat refait surface avec le lancement, le 8 novembre dernier, d'une négociation de trois mois des partenaires sociaux sur ce sujet.

"Le meilleur partage de la valeur doit être le grand chantier de la majorité. Le dividende salarié, c’est le profit pour tous", avait affirmé le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, le 5 novembre, dans les colonnes du Parisien.

Mais pour permettre aux salariés de bénéficier d'"un meilleur partage de la valeur", le gouvernement s'éloigne cette fois-ci de l'actionnariat salarié et envisage un dispositif spécifique: le dividende salarié. En clair, lorsque l'entreprise verse des dividendes à ses actionnaires, elle doit également en verser à ses salariés. Cette mesure viendrait ainsi s'ajouter aux dispositifs existants que sont l'intéressement, la participation et la "prime de partage de la valeur", ex-prime Macron.

Nina Le Clerre