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La guerre contre le cash est déclarée

Le cash n'a plus la cote

Le cash n'a plus la cote - Images of Money - Flickr - CC

Plusieurs pays ont pris récemment des mesures pour limiter les paiements en cash, afin de lutter contre l'évasion fiscale. Le Danemark prévoit d'autoriser les commerçants à refuser les paiements en liquide.

Les Français aiment l'argent liquide. 86% d'entre eux ne souhaitent pas que le cash disparaisse, si l'on en croit un sondage de l'Ifop pour Brink's France publié le 13 avril dernier. Et gare aux entrepreneurs qui s'aviseraient de leur refuser un paiement en espèce. 4 Français sur 10 seraient alors prêt à changer de commerçant si celui-ci n'accepte pas l'argent liquide.

On imagine donc aisément que la mesure prévue par le gouvernement danois aurait bien du mal à passer dans l'Hexagone. La semaine dernière, le Danemark a, en effet, dévoilé un vaste plan visant à doper la productivité des entreprises.

La mesure la plus remarquée de ce package est la levée de l'obligation faite à certains commerçants d'accepter les paiements en liquide. Sont particulièrement concernés les stations-services, les restaurants, les dentistes ou encore les petites boutiques. Pour eux, les paiements en cash "impliquent de considérables lourdeurs administratives et financières", affirme le ministre danois des Finances Bjarne Corydon, cité par Quartz.com.

La faible traçabilité du cash

Il explique ainsi que ces commerçants dépensent des fortunes dans les systèmes de surveillance et perdent un temps considérable à rendre la monnaie. D'où cette mesure qui, s'il est approuvée par le parlement, serait applicable dès le 1er janvier 2016 au Danemark, pays où les clients ont, il est vrai, davantage l'habitude de régler par carte leurs petits achats.

Le Danemark ne fait qu'incarner une tendance plus globale. Récemment plusieurs pays ont pris des mesures pour limiter les transactions en effectuées en espèces. L'objectif affiché par ces autres tenants des paiements par cartes n'est pas vraiment de faciliter la vie des commerçants mais de lutter contre la fraude fiscale et/ou l'économie parallèle. Une priorité que le quotidien économique allemand Handelsblatt résume d'un titre évocateur : "une guerre contre le cash" engagée par plusieurs nations européennes dont la France.

Certains l'auront peut-être oublié. Mais à partir du 1er septembre prochain, les particuliers n'auront plus le droit de payer leurs achats en espèce si la somme de leurs dépenses dépasse 1.000 euros. Le plafond en vigueur aujourd'hui est de 3.000 euros. Cette mesure, annoncée en 2013 dans le cadre de la lutte contre la fraude fiscale, avait été incluse dans l'arsenal anti-financement du terrorisme dévoilé par Michel Sapin en mars dernier.

Le ministre des Finances expliquait alors que les récents attentats avaient "mis en lumière la capacité de certains réseaux terroristes à se financer de façon souterraine, souvent grâce à des montants modestes". D'où l'intérêt de la mesure qui favorise ainsi des modes de paiement avec une meilleure traçabilité.

La carte de crédit pour lutter contre la fraude grecque

Et que dire de la Grèce? Dans ce pays gangrené par la fraude fiscale, le plafond des paiements en liquide est fixé à 500 euros et les négociations actuelles avec les créanciers d'Athènes parlent de le ramener à 70 euros!

Le 2 mai dernier, Andras Andreadis le chef de la confédération touristique grecque, a même, dans un article du magazine britannique The Observer, appelé les touristes anglais à lutter contre la fraude "en utilisant leur carte de crédit".

"Dans un pays où la collecte des impôts est si inefficace, les cartes de crédit sont le moyen le plus simple de lutter contre la fraude". Selon les estimations de sa confédération, près de 40% des recettes du secteur touristique grec ne sont pas déclarées, empêchant de fait la TVA d'être collectée.

J.M.