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ISF, ruissellement et fiscalité... Joe Biden fait-il l'inverse d'Emmanuel Macron?

Joe Biden lors d'un rassemblement à Duluth le 29 avril 2021

Joe Biden lors d'un rassemblement à Duluth le 29 avril 2021 - Brendan Smialowski © 2019 AFP

Dans son interview accordée à la presse régionale, Emmanuel Macron s'est félicité des récentes baisses d'impôt, et notamment de la fin de l'ISF. De l'autre côté de l'Atlantique, le président américain Joe Biden multiplie les mesures pour taxer les riches. 

Les années 1980 semblent désormais bien lointaines. D'un côté de l'Atlantique, l'époque était aux Reaganomics, ces mesures lancées par le président américain Ronald Reagan pour relancer une économie mise à mal par les crises pétrolières. Au menu: baisse des dépenses fédérales et surtout baisse des impôts. En France, c'est l'avènement de François Mitterrand avec un programme économique totalement opposé et notamment l'instauration d'un impôt sur les grandes fortunes (IGF). 

40 ans plus tard, assiste-t-on à une inversion historique? Emmanuel Macron, toujours affublé de son étiquette de "président des riches" par ses opposants, s'est de nouveau félicité, dans son interview dans la presse régionale, des baisses d'impôts dans le pays "y compris en supprimant la part anti-production de l’ISF". Pour rappel, l'impôt sur la fortune a été remplacé par un impôt sur la fortune immobilière (IFI) depuis le 1er janvier 2018.

Biden, nouveau héraut de la gauche française?

Joe Biden, considéré lors de sa nomination chez les démocrates comme un rempart contre les idées trop radicales de Bernie Sanders ou Elizabeth Warren, prend pourtant le contre-pied du chef d'Etat français, en multipliant les annonces pour taxer davantage les plus riches. 

"Wall Street n'a pas construit ce pays. Vous l'avez construit", a-t-il lancé lors d'un déplacement, jeudi en Géorgie. "Il est temps que les très riches et les grandes entreprises commencent à payer leur juste part".  

Son "Projet pour les familles américaines" vise notamment à relever le taux maximal d'imposition des 1% de foyers les plus riches mais aussi à taxer davantage les revenus du capital pour la tranche des 0,3% d'Américains les plus riches. Ce taux serait ainsi quasiment doublé pour les plus-values sur les ventes d'actions ou de biens immobiliers, passant de 20% à 39,6%. 

Des annonces qui ont forcément acquis une belle popularité dans les rangs de la gauche française, surtout lorsque le président américain pourfend la fameuse "théorie du ruissellement" (dont Macron ne s'est en réalité jamais réclamé). 

Ce vendredi, le patron du parti socialiste Olivier Faure a d'ailleurs fait son choix : "Je suis Biden plutôt que Macron" a-t-il expliqué sur RTL. 

Mais le contraste entre les deux chefs d'Etat mérite tout de même d'être nuancé, puisqu'en matière d'imposition, les deux pays ne partent pas de la même ligne.

La France bien plus fiscalisée

La France fait toujours partie des Etats les plus fiscalisés sur les revenus, la dernière tranche de revenus (au-delà de 157.807 euros) étant taxée à hauteur de 45% (et jusqu'à 49% en prenant en compte la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, cf. plus bas). Avec les prélèvements sociaux, on arrivait même à 55,4% en 2019, selon les calculs de Fipeco.

Aux Etats-Unis, le taux le plus élevé est actuellement de 37% (le plan Biden prévoit qu'il passe à 39,6%) et s'applique pour les revenus au-delà 518.400 dollars pour l'impôt fédéral. 

Rappelons cependant que, comme en France, des déductions et niches fiscales existent et font d'ailleurs baisser les taux d'imposition effectif dans les deux pays. 

Du côté des revenus du capital, Emmanuel Macron a mis en place un impôt unique (flat tax de 30%) tandis que les Etats-Unis disposent d'un taux de 20% pour les plus riches (uniquement sur les actifs détenus depuis plus d'un an). Mais ce taux (que Joe Biden souhaite donc doubler) ne s'applique qu'à une partie des revenus du capital.

Mais la comparaison est encore plus compliquée car en plus de l'impôt fédéral, les Américains doivent aussi payer un impôt local et un impôt de l'Etat (mais certains Etats ne l'appliquent pas).

En France, il faut aussi ajouter l'impôt sur la fortune immobilière avec une fourchette de 0,5% à 1,5% en fonction de la valeur du patrimoine (à partir de 800.000 euros). Pour les hauts revenus (à partir de 250.000 euros annuels), une contribution exceptionnelle sur les hauts revenus va également s'appliquer (de 3 à 4%). Enfin, il faut ajouter les prélèvements sociaux (CSG et CRDS), bien plus élevés en France mais qui assurent aussi une bien meilleure protection sociale.  

Un écart encore très conséquent entre les deux pays

Les comparaisons internationales étant très délicates en ce domaine, le juge de paix en matière de fiscalité est le taux de prélèvements obligatoires (qui prend donc en compte tous les impôts et taxes, comme la TVA ou la taxe foncière, payés par les ménages comme par les entreprises). Et de ce point de vue, la France est la championne du monde des impôts et très loin devant les Etats-Unis. Selon la dernière étude de l'OCDE publiée en 2020 mais reposant sur des chiffres de 2018, la France affiche un taux de prélèvements obligatoires de 46,1% du PIB, soit le double de celui des Etats-Unis qui s'élève à 24,3% (contre une moyenne de 34,3% dans les pays de l'OCDE).

Une autre mesure est utilisée : le coin fiscal. Ce terme "désigne le rapport entre le montant des impôts payés par un travailleur salarié moyen (célibataire dont la rémunération équivaut à 100 % du salaire moyen) sans enfant et les coûts totaux de main-d'œuvre qu'il représente pour son employeur", comme l'explique l'OCDE. Ce taux était de 46,7% en France en 2019, contre 29,8% aux Etats-Unis selon l'OCDE.

C'est donc plutôt un resserrement des politiques économiques qui est à l'œuvre entre les deux, pays même si la démarche politique est bien opposée. Joe Biden a d'ailleurs proposé un impôt minium mondial sur les sociétés à 21%... quand la France plaidait pour seulement 12,5%.  

Thomas Leroy Journaliste BFM Business