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"Non, les chantiers ne vont pas pouvoir redémarrer", prévient Jacques Chanut (FFB)

Malgré un accord entre le gouvernement et le secteur du bâtiment, les conditions de protection des salariés pour une reprise du travail ne sont pas réunies, estime le président de la Fédération française du bâtiment sur BFM Business.

Les fédérations du bâtiment et les ministres du gouvernement, qui s’étaient invectivés par médias interposés ont trouvé samedi un accord pour maintenir au maximum l'activité sur les chantiers. 

Mais pour Jacques Chanut, président de la FFB (Fédération française du bâtiment), l'activité ne reprendra pas de sitôt. "Non, les chantiers ne vont pas pouvoir redémarrer", affirme-t-il sur BFM Business ce lundi.

Le responsable dénonce d'abord la situation "explosive" due aux déclarations du gouvernement (le secteur avait été accusé de "défaitisme" par la ministre du Travail Murielle Pénicaud) qui ont suscité "l'amertume" des professionnels. Jacques Chanut s'en prend également au blocage par l'administration des inscriptions au chômage partiel de salariés du secteur, une situation aujourd'hui corrigée grâce à l'accord.

Claquement de doigts

Mais pour Jacques Chanut, les conditions de protection des salariés ne sont pas encore remplies pour une reprise massive des chantiers.

"Il nous est apparu essentiel de faire un guide des bonnes pratiques, des gestes barrières professionnels pour éviter qu'il y ait des contaminations pour ceux qui travaillent. Ce guide va nous servir au moment de la reprise quand on aura enfin la possibilité de ré-attaquer sereinement nos chantiers", explique-t-il.

Or ce guide n'est pas encore finalisé. "Comment voulez-vous qu'on puisse repartir alors qu'on ne connaît pas encore ces gestes barrières professionnels?", s'interroge le dirigeant. "Vous imaginez le nombre de tâches différentes qui existent sur un chantier, il y a une promiscuité qui est une réalité sur les chantiers. (...) On ne pourra pas reprendre l'activité de manière semblable cette semaine, il faut être sérieux et réaliste. On travaille à ce guide, il va falloir aussi beaucoup de pédagogie avec nos gars".

Salaire de la peur

"Ceux qui imaginent, dans un bureau à Bercy ou autre, qu'il suffit d'un claquement de doigts pour qu'un chantier reparte comme il y a quinze jours sont complètement déconnectés de la réalité. On va mettre des semaines à retrouver une activité normale", assène Jacques Chanut.

Quant à l'éventuel versement d'une prime pour les salariés qui vont travailler actuellement sur les chantiers (à l'image de ce qui se passe dans la grande distribution, comme par exemple chez Auchan), ce n'est pas à l'ordre du jour. "L'idée du salaire de la peur n'est pas quelque chose qui nous convient. (...) En ce moment, le sujet va être de savoir 'est-ce que j'ai assez de tréso(rerie) pour faire les payes de mars et surtout d'avril' plutôt que de voir comment on va donner une prime".

Olivier Chicheportiche