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Livret A : la colère (discrète) du gouverneur de la Banque de France 

Pour Noyer, le gouvernement organise une résistance pour empêcher l'action de la BCE.

Pour Noyer, le gouvernement organise une résistance pour empêcher l'action de la BCE. - Philippe Lopez - AFP

Pour le gouverneur de la Banque de France, maintenir à 1% le taux de Livret A est "une erreur grave". Il a beau le dire et le redire, il n'est pas entendu.

Quand Christian Noyer hausse le ton personne ne l'écoute. Et cela lui reste en travers de la gorge. C'est pourquoi dans le cadre des Matins HEC-Challenges, il n'a pas hésité à affirmer : "je préfère dire ce que je pense, plutôt que chercher à faire plaisir à certains ou me résoudre à baisser les bras", rapporte Challenges.

Ce qui suscite cette (froide) colère du gouverneur de la Banque de France? Tout simplement le taux du Livret A.

Le taux du Livret A est modifiable deux fois par an: le 1er février et le 1er août. Compte tenu de la faible inflation qui prévaut désormais en France, le taux de ce placement ne pouvait pas rester à 1% aux yeux de Christian Noyer. Cela serait "irresponsable" avait-il déclaré mi-janvier. Le gouverneur de la Banque de France avait donc proposé de le passer à 0,75%.

Mais la loi prévoit que lorsque le gouverneur de la Banque de France décide de s'écarter de la formule, il doit faire une proposition au ministre de l'Economie qui, ensuite, est libre de suivre ou non sa recommandation. En choisissant de proposer ce taux de 0,75%, il s'est en effet écarté de la formule. Le taux aurait dû être de 0,25%. Le gouvernement s'est donc empressé de garder le taux à 1%.

A l'encontre de la BCE

Et cela n'a pas du tout plu à Christian Noyer. Il a donc profiter de sa présence au Matins HEC-Challenges pour pointer un doigt accusateur sur le le gouvernement: "Maintenir la rémunération à 1% constitue, selon moi, une erreur grave, compte tenu de la faiblesse actuelle de l’inflation". Et il explique : "abaisser ce taux de 1 à 0,75% permet la construction de milliers de logements sociaux."

Mais surtout, Christian Noyer avance un argument massue : "cette décision va aussi, ce qui me semble très grave, à l’encontre de la politique monétaire de la Banque centrale européenne, qui fait justement son maximum pour ramener les taux d’intérêt à leur niveau le plus bas possible dans la zone euro, afin de relancer la croissance." Sous-entendu, en choisissant ce statut quo, le gouvernement semble "organiser la résistance pour empêcher l’action de la BCE".

D. L.