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Les grandes foncières pointées du doigt à cause du maintien les loyers des commerçants

Sur BFM Business, Roland Beaumanoir, patron du groupe éponyme qui exploite 2.700 boutiques, exige l'annulation des loyers et dénonce "le culot" des grands bailleurs.

Si les assureurs sont accusés de ne pas être solidaires des entreprises dans cette période de crise, c'est aussi le cas des grands propriétaires de locaux commerciaux. En refusant un report général des loyers (qui peuvent représenter jusqu'à 20% du chiffre d'affaires), ils ont provoqué la colère des commerçants qui les accusent de mépris.

Une colère partagée par Roland Beaumanoir, patron du groupe éponyme qui exploite 2.700 boutiques principalement dans le secteur de l'habillement. 

"Dans cet effort de guerre, il y en a qui sont complètement exonérés", explique le dirigeant, qui était invité ce jeudi de Good Morning Business. "Je pense aux très grandes foncières qui collectent 4,5 milliards d'euros de loyers tous les ans et paient à leurs actionnaires des dividendes à hauteur de 2,4 milliards. (...) Aujourd'hui, ils ont le culot d'en appeler à la solidarité alors qu'ils n'en ont pas un échantillon sur eux".

Et d'asséner: "Leur arrogance dépasse les limites. En appeler à la solidarité quand on touche autant d'argent, quand on verse autant de dividendes à ses actionnaires et aussi peu d'impôts, mais pour qui nous prennent-ils?".

Un conflit de plus en plus vif

Rappelons que les commerçants sont entrés dans un conflit de plus en plus ouvert avec leurs propriétaires, en particulier du côté des centres commerciaux. Ces derniers ont provoqué une escalade la semaine dernière en détaillant les mesures qu'ils comptaient prendre en matière de loyers, via leur fédération, le Conseil national des centres commerciaux (CNCC).

Refusant toute mesure généralisée, l'organisme fait la distinction entre petits commerces, pour lesquels il recommande un étalement des loyers sur deux ans, et les grandes enseignes, qui doivent payer normalement. Et pour les entreprises moyennes, il privilégie le cas par cas mais demande au moins le versement habituel des charges.

Bercy du côté des commerçants

La colère est froide mais elle est partagée par le gouvernement. "On parle beaucoup des banques qui doivent faire des efforts, des assureurs... Il y a les grandes foncières aussi qui doivent faire des efforts", a ainsi déclaré mardi sur RMC le ministre de l'Economie Bruno Le Maire. "Les grandes foncières peuvent et doivent faire plus pour aider ceux qui ne peuvent pas payer leurs loyers aujourd'hui", a-t-il insisté, annonçant pour cette semaine des discussions entre le secteur et le gouvernement.

"J'ai trop de retours de difficultés encore sur lesquelles les grandes foncières ont les réponses, peuvent les apporter et doivent les apporter", a regretté Bruno Le Maire.

"Les bailleurs, qu'ils soient petits ou grands, chacun à leur échelle, portent de lourds investissements essentiellement financés par des dettes (...) qui rendent crucial le respect des dates d'exigibilité des loyers et charges", argumente de son côté le CNCC.

Olivier Chicheportiche avec AFP