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Flambée du franc suisse: les réponses aux questions que vous vous posez

La hausse du franc suisse handicape les exportations du pays.

La hausse du franc suisse handicape les exportations du pays. - Fabrice Coffrini - AFP

Le franc suisse s'est envolé depuis jeudi face à l'euro. Un tsunami sans précédent qui pose de multiples questions. BFMBusiness.com vous aide à y voir plus clair.

Un "tsunami financier". C'est l'expression qui revient à la Une de la presse française et helvétique. En cessant de se battre pour maintenir la parité à 1,20 franc suisse pour 1 euro, la Banque nationale suisse (BNS) a fait bondir la devise helvétique à des niveaux inédits, en seulement quelques instants.

Ce vendredi l'euro valait 1,0172 franc suisse, ce qui, par rapport à jeudi témoigne d'une hausse de 10,6% de la monnaie suisse. Un phénomène qui n'est pas sans poser de nombreuses questions. BFMbusiness.com fait le point.

1. Pourquoi la BNS a pris cette décision?

Depuis 2011, la Banque nationale suisse tente de limiter l'appréciation du franc suisse, qui avec la crise s'est imposée comme une valeur refuge pour les investisseurs. Son objectif depuis près de 4 ans: maintenir une parité jugée acceptable pour l'économie helvétique à 1,20 franc suisse pour un euro.

Problème: "la Suisse est en est excédent courant d'un peu plus de 9%, cela signifie que, soit les Suisses doivent investir à l'étranger pour éviter une appréciation trop forte et trop rapide, soit la Banque nationale doit détenir de plus en plus de réserves de change", explique Mathilde Lemoine, directrice des études économiques chez HSBC France, invitée sur BFM Business. La défense de la parité à 1,20 franc suisse pour 1 euro a ainsi fait gonfler le bilan de la BNS. "Ses réserves de changes ont plus que doublé depuis 2011", poursuit-elle

Mais la faiblesse de l'euro a rendu cette défense de plus en plus difficile à mettre en œuvre. La perspective de voir la Banque centrale européenne (BCE) s'engager dans une action massive de rachat de dettes d'Etat dès la semaine prochaine, a ainsi fait passer l'euro sous le niveau qu'il avait face au dollar lors de son introduction. Sentant sans doute que la BCE allait effectivement s'engager dans ce qu'on appelle le "quantitative easing", la BNS a sans doute pris les devants pour éviter d'avoir à engager encore plus de moyens financiers pour empêcher le franc suisse de s'apprécier.

Dans le communiqué annonçant sa décision, elle le reconnaît indirectement: "les disparités entre les politiques monétaires menées dans les principales zones monétaires ont fortement augmenté ces derniers temps et pourraient encore s'accentuer (…) dans ce contexte, la Banque nationale est parvenue à la conclusion qu'il n'est plus justifié de maintenir ce taux plancher".

2. Quelles sont les conséquences pour l'économie suisse?

Mécaniquement une hausse aussi brutale du franc suisse met en difficulté les entreprises suisses qui exportent une grande partie de leur production. Et elles sont très nombreuses. Comme le souligne Mathilde Lemoine, les exportations représentent "50% du PIB suisse, ce qui peut limiter les perspectives de croissance".

Voilà pourquoi, ce vendredi, les économistes de la banque UBS ont tout simplement divisé par quatre leurs prévisions de croissance pour pour la Suisse, tablant sur 0,5% pour 2015, contre 1,8%, et 1,1% pour 2016, contre 1,7% auparavant. La chimie (40% des exportations suisses en 2013 selon l'office fédéral des statistiques), l'horlogerie (11%), la bijouterie et joaillerie (4%) sont en première ligne. On ne s'étonnera donc pas de l'inquiétude exprimée par le patron de Swatch, Nick Hayek, qui a comparé l'action de la BNS à "un tsunami".

3. Je suis français et possède des francs suisses, est-ce une bonne nouvelle pour moi?

Clairement. Comme l'explique Patrick Michaud, avocat fiscaliste au barreau de Paris: "il s'agit d'un enrichissement d'aubaine. Tous les Français qui ont de l'épargne libellée en francs suisses, que ce soit en Suisse mais également en France, ont vu leur argent gagner en valeur 20% (la variation du franc suisse par rapport à l'euro, ndlr)." Et cet enrichissement pourrait aussi profiter aux finances publiques françaises : "s'ils convertissent leur épargne en euro, leur plus-value sera imposable en France sur l'impôt sur le revenu" prévient Patrick Michaud. 

4. Qu'en est-il pour les frontaliers?

A première vue, les quelque 150.000 travailleurs frontaliers résidant en France mais salariés en Suisse apparaissent comme les grands gagnants. Ils son payés en francs suisses mais la grande majorité de leur dépenses sont en euros. En clair, leur pouvoir d'achat a, en raison du change, progressé de plus de 10%.

Et pourtant Jean-Luc Johanek, le président du Comité de défense des travailleurs frontaliers (CDTF) est inquiet. "Pour nous c'est une mauvaise nouvelle. Nous craignons des licenciements pour les travailleurs frontaliers comme pour les résidents suisses", affirme-t-il. Ils redoutent,en effet, d'être les premières victimes des difficultés économiques que vont connaître les entreprises avec ce franc trop fort. "On ne peut donc pas se réjouir quand on sait que la Suisse a été jusque-là une grande éponge pour l'emploi des jeunes Alsaciens, spécialisés dans certains domaines" rajoute-t-il. 

Par ailleurs, Jean-Luc Johanek apporte deux nuances à l'envolée des revenus des travailleurs frontaliers. Tout d'abord "90% des travailleurs frontaliers ont contracté un ou plusieurs prêts libellés en franc suisse ce qui absorbe partiellement le surcroît de revenus lié au taux de change". Ensuite, plusieurs travailleurs frontaliers ont, il y a trois ans, dans le canton de Bâle, accepté que leur contrat soit indexé sur la variation de l'euro, indique-t-il. Ces personnes n'ont donc pas profité de la hausse du franc suisse. 

5. Y a-t-il des perdants?

Oui. Laurent Michaud met notamment en avant le cas des "citoyens helvétiques qui possèdent des immeubles en France et qui ont vu la valeur de leurs biens fondre de 15%... en francs suisses". Mais au-delà, toutes les personnes qui ont contracté des emprunts en francs suisses voient le coût de leur endettement s'envoler. Ce qui n'est pas sans poser de problèmes dans certains pays comme la Pologne ou la Croatie ou des centaines de milliers de ménages détiennent des crédits immobiliers libellés en devise helvétique.

Et, plus proches de nous, nombreuses sont les collectivités locales françaises qui ont contracté des emprunts toxiques en francs suisses. "Plus de la moitié d’entres elles ont des emprunts indexés sur la parité avec le franc suisse. C’est une très mauvaise nouvelle et beaucoup d’élus sont très inquiets", soupire ainsi Christophe Greffet, le président de l’association acteurs locaux contre les emprunts toxiques, cité par les Echos.

Julien Marion