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Nouvelles taxes américaines: des conséquences "dramatiques" pour le cognac

Un verre de cognac

Un verre de cognac - Cyclobill - Wikimedia Commons - CC

Près d'une bouteille de cognac français sur deux est commercialisée aux États-Unis. En 2020, les exportations en valeur avaient déjà chuté de 17% à cause des confinements outre-Atlantique.

Pas de miracle pour la filière viticole française. L'administration Trump a confirmé la l'extension à partir du 12 janvier prochain des taxes douanières de 25% sur les vins et les spiritueux dans le cadre de son différend avec l'Union européenne sur les aides publiques à Airbus et Boeing. 

La première vague de ces taxes punitives appliquées depuis octobre 2019 concernaient les vins tranquilles (non effervescents) de moins de 14 degrés en bouteilles de moins de deux litres. Désormais sont concernés les vins en vrac, vins de plus de 14 degrés et surtout les spiritueux à base de vin comme le cognac et l'armagnac.

Avec le cognac et l'armagnac, les Etats-Unis frappent ainsi le haut du panier des exportations françaises, celles qui génèrent le plus de valeur ajoutée. Il faut savoir que près d'une bouteille de cognac français sur deux est commercialisée aux États-Unis.

300 millions d'euros de manque à gagner en 2021

Sur les dix premiers mois de 2020, leurs exportations avaient déjà baissé 4% en volume à 7,2 millions de caisses, et de 17% en valeur à 1,1 milliard d'euro à cause notamment des fermetures de bars, restaurants et clubs outre-Atlantique, selon la FEVS (Fédération des exportateurs de vins et de spiritueux de France).

Cette deuxième vague devrait encore acroître ce manque à gagner. "C'est très grave pour le cognac", explique un professionnel interrogé par Europe 1.

Et plus globalement, le secteur s'attend cette année à un manque à gagner de 300 millions d'euros supplémentaires après 700 millions en 2020 avec des exportations en chute de 8% en volume et de 25% en valeur.

La filière attends désormais des mesures fortes de soutien de la part du gouvernement. "Nous y sommes désormais: il est temps que, d’une part, on prête attention au secteur le plus affecté par ces sanctions, d’autre part qu’on le soutienne: car en fragilisant les exportateurs, en les plaçant au bord du gouffre, c’est toute la filière des vins et spiritueux, deuxième contributeur à la balance commerciale de notre pays, que l’on met en danger" s'alarme César Giron, Président de la FEVS.

Des mesures de soutien à l'étude

La Fédération demande trois mesures immédiates: "l’engagement de trouver rapidement une issue négociée à ce conflit, en trouvant une solution mutuellement acceptable, qui place enfin le secteur des vins et spiritueux hors des rétorsions résultant de 15 années d’errements dans ce contentieux aéronautique ; l’accélération des discussions avec la nouvelle Administration Biden dès sa prochaine prise de fonction; et dans l’intervalle, une décision politique claire et ferme d’allouer aux entreprises du secteur des vins et spiritueux victimes collatérales de ce contentieux, un fond de soutien à due proportion du préjudice subi depuis le 18 octobre 2019".

Message reçu, Bercy s'est dit "favorable et ouvert à des compensations et à des mesures d'aides" et notamment la possibilité de bénéficier de l'indemnisation à hauteur de 20% du chiffre d'affaires mensuel, jusqu'à 200.000 euros, mise en place fin 2020 pour les entreprises affectées par la crise sanitaire.

Les banques pourraient être mises à contribution en reportant d'un an le début des remboursements de PGE pour les entreprises qui en ont obtenu. Ou encore renforcer le soutien à l'export et à la compétitivité de la filière française.

Enfin, la France entend obtenir des mesures de compensation au niveau européen. Bruno Le Maire, Julien Denormandie (ministre de l'Agriculture), Franck Riester (en charge du Commerce) et Alain Griset (en charge des PME) vont écrire à la Commission européenne pour "exiger un travail européen sur des mesures de compensations".

Olivier Chicheportiche avec AFP