BFM Business

Le cours mondial du porc s'envole, mais les Français n'en profitent pas

De toutes les matières premières, la viande de porc est celle dont le prix a le plus progressé depuis le 1er janvier. Sur le marché mondial, le kilo vaut en moyenne 2,20 euros. Bien plus que ce dont rêveraient les producteurs français. Mais eux ne peuvent le vendre à ce prix. Explications.

Argent +10%... Or +15.3%... et porc +17% ! Les contrats à terme sur la viande porcine signent la meilleure performance tous actifs confondus sur les marchés mondiaux depuis le début de l’année.

Si on fait la moyenne des prix sur ces contrats, en y incluant les taux de change euro/dollar, on arrive à un cours moyen de 2,2 euros le kilo de viande de porc, contre des éleveurs français qui bataillent toujours pour tenter que les transformateurs et la distributeurs leur paient le leur 1,4 ou 1,5 euros du kilo, un prix leur permettant de vivre décemment de leur activité.

Un contraste saisissant qui démontre la déconnexion du marché français et européen, en crise depuis plus de 5 ans, avec le reste du secteur. Un secteur où c’est en réalité le consommateur américain qui fait l’offre et la demande.

Sortis d’une année 2014 où les cours avaient atteint des niveaux record, On a assisté à une nette correction sur toute l’année 2015, où beaucoup d’industriels ont commencé à stocker.

Tendance haussière et facteurs saisonniers

De plus, face à des tensions persistantes sur le marché du bœuf, les intervenants se sont repliés en masse sur la viande de porc, meilleure marché et plus disponible, notamment pour les produits transformés.

Résultat, on s’est retrouvé dès le milieu de l’année dernière avec une forte poussée, qui a été accentuée par l’arrivée de la belle saison aux Etats-Unis. Dans les supermarchés américains, grosses dindes et autres plats de fêtes ont été sorties des rayons pour laisser la place aux produits-rois de la belle saison: la viande qu'on cuit sur le barbecue. 

D’où une très forte hausse de la demande pour les saucisses et les côtes de porc. Et la réaction immédiate des agriculteurs et intermédiaires financiers: se couvrir en achetant des contrats à terme sur la viande de porc, en tenant compte de la hausse des cours à venir.

L’Europe incapable de profiter de la hausse

C’est ainsi que le porc devient un actif de marché qui progresse plus que les plus précieux des métaux, dans ce contexte économique turbulent. Un cas de figure d’autant plus étonnant, alors que le marché européen nage en plein marasme.

C’est la preuve du déséquilibre qui règne sur nos marchés: l’offre et la demande mondiale ne déterminent plus les cours. Et les raisons de ces dysfonctionnements sont multiples et connues. L’industrialisation croissante des élevages de porcs ces 20 dernières années a provoqué une surabondance des stocks, dans un environnement où la consommation de viande a progressivement diminué, aussi bien en tant que telle que dans les plats préparés.

La politique européenne de subventions a également été fatale au marché, incitant énormément d’éleveurs à s’installer, ce qui a aggravé l’engorgement progressif du marché face à l’explosion du nombre de coopératives agricoles et d’intermédiaires de toute sorte.

Le piège des prix garantis

Les coûts de production ont atteint des niveaux prohibitifs, face à des cours en baisse continue, obligeant sans cesse les éleveurs à réclamer des cours planchers et des garanties de prix d’achat pour poursuivre leur activité. Certains distributeurs s'y sont d'ores et déjà engagé, mais l'initiative aura fort peu d'impact à terme, de l'avis des observateurs, face aux déséquilibres actuels.

Et même les nouveaux modes de négoce et de distribution à "cycle court" du producteur au consommateur, sont encore trop récents pour pouvoir réorganiser sainement le marché en fonction de l’offre et de la demande réelle.

Mais la principale raison de la déconnexion totale du marché français avec le reste du marché mondial est avant tout une question d’organisation. Un seul intervenant (Bigard/Charal/Socopa) concentre plus de 30% des volumes, et a d’ailleurs décidé de quitter les échanges organisés cet été, rendant le marché totalement inefficient. D’où cette incapacité à profiter de la hausse actuelle des cours, qui soulagerait pourtant grandement toute une filière dévastée.

Antoine Larigaudrie