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Filière diesel : un chantier de transition complexe

Le plan de transition de la filière diesel en France s'annonce complexe à organiser, avec plusieurs niveaux d'urgence et des priorités stratégiques multiples à prendre en compte.

Le plan de transition de la filière diesel en France s'annonce complexe à organiser, avec plusieurs niveaux d'urgence et des priorités stratégiques multiples à prendre en compte. - DANIEL MIHAILESCU / AFP

Bercy réunit ce lundi professionnels de l'automobile et syndicats pour évoquer les pistes de transition et de reconversion, face à plusieurs niveaux d'urgence auxquels sont confrontés les industriels.

Gérer les urgences et préparer l'avenir à plus long terme. Tel est l'objectif de la réunion qui a lieu ce lundi à Bercy, autour du Ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, des constructeurs (Renault, PSA, Toyota), des équipementiers (Valeo, Michelin, Faurecia), des présidents de régions, des syndicats et la Plate-Forme Automobile.

Tous les acteurs doivent se concerter pour définir un plan d'action et de grands axes stratégiques, pour rendre possibles une restructuration et une transition en douceur de la filière, face à l'émergence des nouvelles énergies automobiles, et au déclin inexorable du diesel.

De 70 à ... 13% du marché en 2030

Les données du problème n'ont pas changé, et restent basées sur le rapport de l'Observatoire de la Métallurgie publié en fin d'année dernière. Sur le sol français, si l'on prend en compte les grands constructeurs et équipementiers, ainsi que l'ensemble du tissu de PME et d'industries locales, on compte 37.500 emplois directement liés au diesel.

La part de marché du diesel n'en finit pas de décroître. De 70% des ventes en 2011, elle est tombée à un peu moins de 40% désormais. Si les tendances actuelles se poursuivent, avec en plus l'accélération de l'offre en matière électrique, hybride et hybride rechargeable, l'Observatoire anticipe une tombée à 13% à horizon 2030. Sans même compter de futurs durcissements réglementaires et l'impact de certaines décisions prises au niveau local.

Jusqu'à 15.000 emplois menacés à terme

A l'heure actuelle, une trentaine d'entreprises spécialisées dans la motorisation diesel sont sous le coup d'une menace « grave et imminente », et 6 en « état de crise avérée et d'urgence ». Cela concerne au total 5.500 postes, en situation jugée « critique ». Mais si les tendances se poursuivent, ce sont de 10 à 15.000 emplois qui seront menacés au total à horizon 2030.

Face à un tissu industriel complexe et très imbriqué, concevoir un plan d'action global est loin d'être simple, tant il faut gérer des priorités et définir des objectifs quasiment au cas par cas. Et être sélectif à ce niveau peut s'avérer très difficile pour les pouvoirs publics, qui vont néanmoins programmer leur action à travers une feuille de route par étapes.

Définir les priorités et les urgences

Tout d'abord, gérer les urgences absolues, et accompagner la transition des entreprises en difficulté réelle et immédiate, comme les métallurgistes spécialisés en éléments de moteurs diesel. Ensuite, se servir des différents chantiers en cours en faveur de la modernisation de l'industrie française, pour soutenir la compétitivité. Deux premiers chantiers qui ne seront possibles qu'en accélérant et en soutenant aussi tous les plans de reconversion et de formation professionnelle à ce niveau. Enfin, réorienter pour l'avenir à plus long terme certains acteurs vers les solutions de mobilité du futur et les technologies d'avenir.

Car le but n'est pas de transformer en quelques mois des spécialistes du carter de moteur diesel en champions de la batterie électrique ou de l'hybridation. Certes, c'est pourtant ce qu'a entrepris PSA à l'usine de Trémery en Moselle, qui est souvent citée en exemple de réorientation d'avenir. Thierry Bolloré a expliqué, lors de la parution des résultats 2018 de Renault, que désormais certaines lignes de production du groupe avaient déjà adopté des plans de conversion permettant de passer du diesel à l'électrique le plus efficacement possible pour satisfaire la demande.

Le diesel est loin d'être mort

Mais le problème n'existe quasiment pas chez les constructeurs qui, comme le dit Carlos Tavares, président de PSA, ont des réflexes « Darwiniens », ont déjà acté l'importante désaffection du diesel dans leurs plans de production et s'y adaptent. C'est davantage du côté de l'écosystème de PME et de petits équipementiers locaux que se situe le problème le plus pressant. 

Car au milieu de ces considérations, le diesel existe toujours bel et bien, conserve un intérêt et des avantages propres, continue d'être vendu (il représente par exemple encore 70% des ventes de véhicules professionnels), et le parc existant a besoin d'entretien, de pièces et de savoir-faire spécifique. 

Plans sur mesure

De plus les compétences de ce secteur sont aussi recherchées par d'autres industries, comme l'aéronautique, le ferroviaire ou l'énergie. Des diversifications sont possibles et peuvent assurer des débouchés nouveaux pour certains types d'acteurs.

Le chantier de la reconversion et de la transition pour cette industrie s'annonce donc comme un véritable défi à régler quasiment au cas par cas pour être véritablement efficace, et ne pourra pas se régler simplement par des subventions et ou des mesures de soutien générales. Il faudra cibler, définir les priorités et les débouchés d'avenir, avant que l'inexorable avancée des nouvelles motorisations ne provoque un impact social et économique majeur.