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Démission du Premier ministre italien: turbulences économiques en vue?

Giuseppe Conte - Image d'illustration

Giuseppe Conte - Image d'illustration - BERTRAND GUAY / AFP

Le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, a remis mardi sa démission. La fin de la coalition entre le Mouvement 5 Etoiles et la Ligue de Matteo Salvini plonge l’économie italienne dans l’incertitude.

Clap de fin pour la coalition au pouvoir en Italie. Le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, a annoncé mardi qu’il allait remettre sa démission au président italien Sergio Mattarella, sonnant le glas de l’alliance entre les populistes du Mouvement 5 Etoiles et la Ligue, à l’extrême-droite, de Matteo Salvini. Ce dernier a lancé les hostilités, au début du mois d’août, en accusant ses partenaires de multiplier les refus sur les baisses d'impôts ou les grands chantiers et en réclamant des élections législatives anticipées dans l'espoir de les emporter et de gouverner seul le pays

La démission de Giuseppe Conte ouvre la voie à des consultations pour former un nouveau gouvernement. Une réconciliation des deux anciens partenaires semble très improbable. Des pourparlers entre le M5S et le Parti démocrate, au centre-gauche, pourraient déboucher sur une nouvelle coalition, proposée par l'ex-Premier ministre Matteo Renzi, écartant Matteo Salvini, mais ce mariage est loin d’être acté. Romano Prodi, ancien chef du gouvernement, a lui proposé une « coalition pro-européenne » qui pourrait unir le PD, M5S et Forza Italia (centre-droit) de Silvio Berlusconi.

L’Italie, troisième économie européenne, est au bord de la récession, affiche 10% de chômage et la dette la plus élevée de l’Union européenne après la Grèce. Le pays a promis de récupérer 23 milliards d’euros qui manquent aux comptes publics, pour éviter une hausse automatique programmée de la TVA en janvier. Or, si le président italien, arbitre des crises politiques, juge qu'aucune majorité solide n'existe pour gouverner, il pourrait convoquer rapidement de nouvelles élections législatives – alors que l’Italie doit s’atteler sur son projet de budget 2020, attendu par Bruxelles le 15 octobre prochain.

Un nouveau bras de fer budgétaire?

Matteo Salvini, qui lorgne sur le pouvoir, assure que les « dogmes de Bruxelles ne sont pas sacrés ». Il a évalué mardi qu’il faudrait un budget de 50 milliards d’euros en 2020 pour relancer l’économie italienne. « Les références de niveau de déficit budgétaire et de dette sont très discutées que ce soit au niveau des hommes politiques comme des économistes. Maintenant, ce sont des règles qui permettent d’assurer le fonctionnement de la zone euro », observe François Faure, responsable risque pays de BNP Paribas, sur le plateau de BFM Business. Le retour du bras de fer budgétaire avec Bruxelles ?

« [Il y a déjà eu un bras de fer] avec Bruxelles à la fin de l’année dernière. Finalement, les Italiens ont dû montrer patte blanche et réviser leur budget pour que la Commission européenne, qui avait menacé de mettre le pays sous régime de déficit excessif, revienne sur sa position. Il y a des garde-fous, mais au bout du compte [la question est de savoir] si l’Italie veut rester dans la zone euro. Sachant qu’elle bénéficie actuellement d’une situation qui fait que s’il n’y avait pas la zone euro, il y aurait une crise de balance des paiements, et probablement, à la clef, un contrôle des changes », note-il.

Depuis son arrivée au pouvoir en juin 2018, l’union Ligue-M5S a fait perdre cinq milliards d'euros à l'Italie en tensions sur le marché obligataire. Qu’en sera-t-il avec cette nouvelle crise gouvernementale ? En brisant l’alliance, Matteo Salvini misait sur l’inversion du rapport de force entre les deux formations. Contrairement aux législatives de 2018, les sondages créditent la Ligue de 36 à 38% des voix, contre 15% à 16% pour le M5S, très affaibli. La mise en place d’une nouvelle coalition, voire la nomination d’un gouvernement technique, pourrait contrecarrer ses plans.

La rédaction