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Cultivateur de cannabis: la formation officielle fait un carton au Canada

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Une école de la province du Nouveau-Brunswick vient d'ouvrir une formation de cultivateur de cannabis, niveau bac pro. 300 candidats se sont portés candidats pour 28 places. Car les salaires sont alléchants et les entreprises embauchent à tour de bras.

Rarement une formation agricole n'aura attiré autant de candidats. C'est ce qu'a constaté le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick qui lance ce lundi 4 décembre une nouvelle formation: cultivateur de cannabis. "On a 28 places pour la première cohorte: on a reçu 300 demandes d'admission. C'est la folie, explique au journal québécois La PresseMichel Doucet, directeur de la formation continue au collège communautaire de cette petite province située à l'est du Québec. Et on a déjà une liste d'attente de 200 noms pour la deuxième cohorte."

Un engouement hors norme pour une formation d'horticulteur qui donne accès à un diplôme équivalent au bac pro en France. Il faut dire que la formation, la première du genre au Canada, a été très médiatisée. Un peu trop d'ailleurs au goût de l'institut de formation. "Quand on a annoncé le programme, on a lu des grands titres du genre : "CCNB, le collège du pot (terme utilisé au Québec pour qualifier le cannabis, ndlr) ". On n'a pas aimé ça", explique Michel Doucet à La Presse. C'est un programme comme les autres. Il y a de l'emploi, il faut y répondre. Notre premier critère, c'est l'employabilité."

Les sociétés embauchent à tour de bras

Financée conjointement par la province et la société Organigram spécialisée dans le cannabis thérapeutique, la formation dure douze semaines et vise à former des techniciens spécialisés dans la culture, la récolte et la transformation de plants de cannabis médical. Car si le Canada s'apprête à légaliser le cannabis à des fins récréatives, l'usage thérapeutique, déjà autorisé, est en pleine croissance dans toute l'Amérique du Nord. La société Organigram qui finance une partie de de programme de formation compte atteindre 250 salariés l'année prochaine contre 40 il y a encore deux ans.

"Ce programme va nous permettre d'avoir une main-d'oeuvre qualifiée. Ça va aussi permettre aux étudiants de se démarquer, parce qu'il n'y aura pas d'autres travailleurs avec ce type de formation", explique ainsi Ray Gracewood, le directeur commercial d'Organigram.

Et si la formation se fera en anglais, les Québécois rêvent déjà d'avoir la leur en français. Les start-up du cannabis récréatif souhaitent disposer d'une main d'oeuvre qualifiée dès qu'elles seront autorisées à vendre leur production. Pour l'instant, Hydropothicaire, la première société qui a pu produire du cannabis dans la province francophone, n'a eu d'autres solutions que de former elle-même ses propres employés.

Jusqu'à 16,65 euros de l'heure

Mais plus que l'acquisition de compétences, la formation permettrait aux aspirants horticulteurs de trouver plus facilement un travail dans ce secteur d'avenir. La société Aurora Cannabis qui vient d'ouvrir les portes de son usine à Montréal a reçu près de 2000 CV pour seulement 38 postes à pourvoir dans un premier temps. "On a tellement de gens qui postulent que le pire est de vérifier tous les CV pour choisir qui on appelle en entrevue", se plaint la directrice des affaires gouvernementales d’Aurora Cannabis, Andrea Paine au Journal de Montréal. Il faut dire que pour des postes de spécialiste d'horticulture, de transformation ou de contrôle qualité, les salaires peuvent monter jusqu'à 25 dollars canadiens de l'heure (16,65 euros).

Et, en l'absence de formation spécifique, les entreprises optent souvent pour des profils d'horticulteurs, de bio-chimistes ou encore... de familiers avec le produit. "Ces employés ont appris avec l’école de la vie, s'amuse Adam Greenblatt, un responsable de Canopy Growth une société basée en Ontario. Souvent, ils vont avoir récolté du cannabis médical chez eux quand c’était encore légal." Bientôt "fumeur de cannabis" sera une mention utile sur son CV.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco