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Brexit : délai or not délai?

Rencontre entre la Première ministre Theresa May et le Président de la Commission européenne Jean-CLaude Juncker lors du Sommet UE-Ligue arabe à Charm El Cheikh en Egypte, le 25 février.

Rencontre entre la Première ministre Theresa May et le Président de la Commission européenne Jean-CLaude Juncker lors du Sommet UE-Ligue arabe à Charm El Cheikh en Egypte, le 25 février. - FRANCISCO SECO / POOL / AFP

Theresa May fera tout pour le Brexit ait lieu le 29 mars prochain, malgré sa décision de reporter, d'ici au 12 mars, le vote sur l'accord de retrait à la Chambre des Communes. De plus en plus de voix s'élèvent pourtant en faveur d'un délai supplémentaire afin d'éviter un divorce sans accord.

Theresa May persiste et signe : elle fera tout pour que le Brexit ait bien lieu le 29 mars prochain. Interrogée sur quel serait son choix si le Parlement rejetait à nouveau, le mois prochain, l’accord négocié avec Bruxelles, la Première ministre a botté en touche. « Une extension de l'Article 50 (…) ça ne donne pas un accord (…) Cela ne fait que retarder le moment où vous prenez la décision. Et je pense qu'une extension de l'Article 50 ne réglerait pas la question » a-t-elle déclaré ce lundi lors d’une conférence de presse à Charm el-Cheikh, au premier sommet de l’Union européenne et des chefs d’Etat de la Ligue arabe.

Un délai, une solution « rationnelle »

Quelques minutes avant, le Président du Conseil européen, Donald Tusk avait pourtant estimé qu’un délai supplémentaire, serait une solution « rationnelle » pour Londres. « Je pense que dans la situation où nous nous trouvons, une prolongation serait une décision logique, mais la Première ministre May pense toujours qu'elle sera capable d'éviter ce scénario », a-t-il déclaré.

Cette déclaration intervient au lendemain de l'annonce par Theresa May de report du vote sur l’accord de retrait, initialement prévu cette semaine. La dirigeante britannique a promis à la Chambre des Communes qu'elle pourrait se prononcer d’ici au 12 mars, soit 17 jours avant la date de sortie officielle de l’Union européenne. Les négociations, s’est-elle justifiée, sont toujours en cours avec les Européens pour tenter de modifier le « backstop », le dispositif très controversé Outre-Manche qui permettrait d’éviter le retour d’une frontière physique entre les deux Irlande.

Au pied du mur

Cette décision a irrité de nombreux députés britanniques, qui ont fustigé la stratégie de Theresa May, qui vise, selon eux, à les contraindre dans la dernière ligne droite, à donner leur feu vert à son accord s'ils veulent éviter le « No deal ». L'opposition travailliste est aussitôt montée au créneau : « La décision de repousser une nouvelle fois ce vote significatif est le summum de l'irresponsabilité », a commenté Keir Starmer, chargé du Brexit au sein du Labour.

Certains partenaires européens ont également vertement critiqué la décision de la dirigeante britannique : « Nous nous dirigeons tout droit vers le 'No deal' C'est inacceptable et vos meilleurs amis doivent vous prévenir : réveillez-vous ! Il faut conclure et boucler cet accord ! » a déclaré le Premier ministre néerlandais Mark Rutte à la BBC ce lundi. « Je ressens une certaine fatigue liée au Brexit » a lui confié le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Le Parlement à la maneuvre mercredi

Malgré le report de ce vote, les députés britanniques pourront faire entendre leur voix cette semaine. Une série d’amendements devraient être déposés ce mercredi, dont celui rédigé conjointement par la député travailliste Yvette Cooper et le conservateur Oliver Letwin. Cet amendement permettrait à la Chambre des Communes de retarder le Brexit et d’éviter ainsi le « No deal » si Londres et Bruxelles ne parvenaient pas à s’entendre sur un accord remanié ou sur un nouveau dispositif autour de la frontière irlandaise.

Theresa May doit justement faire ce mardi, pour la troisième fois en un mois, un point d’étape sur les négociations avec l'UE. Elle a assuré lors de sa conférence de presse à Charm el-Cheikh qu'un accord était « à portée de main. »

La perspective d'un divorce sans accord inquiète en tout cas certains membres de son cabinet. Trois ministres – David Gauke (justice), Amber Rudd (travail et retraites) et Greg Clark (affaires, énergie et stratégie industrielle) – ont mis en garde samedi contre les dangers d’un « No deal » pour l’économie et l’unité du Royaume-Uni et se sont dit favorables à un report du Brexit si aucune avancée significative n’était enregistrée durant la semaine à venir. Un scénario que Theresa May refuse toujours d’exclure officiellement de son côté.