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Allemagne : le ministère des Finances redoute un trou de 25 milliards d’euros

Le moral des investisseurs allemands plonge à -21,1 points au mois de juin.

Le moral des investisseurs allemands plonge à -21,1 points au mois de juin. - Wolfgang Kumm / dpa / AFP

Retournement accéléré de la situation budgétaire en Allemagne. Le ministre des Finances a alerté ses collègues : il va falloir trouver 5 milliards d’euros par an d’ici à 2023.

Olaf Scholz a présenté aux autres ministres les nouveaux calculs du Trésor. Un document de 22 pages qui évalue à 24,7 milliards d’euros les montants qu’il va falloir dégager pour espérer équilibrer à l’avenir les comptes publics. Le vice-chancelier social-démocrate leur a expliqué que le ralentissement de la croissance économique, prévue à 1% cette année, va immanquablement amputer les recettes fiscales, avec un effet d’incertitude attribué au conflit commercial déclenché par les Etats-Unis et à la sortie désordonnée du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Interrogée par l’agence Reuters, la numéro 2 du ministère, Bettina Hagedorn, également sociale-démocrate, a prévenu les membres du gouvernement que « le temps » des demandes de rallonge, sans couverture de la dépense, était désormais « terminé ».

Le quotidien conservateur « Frankfurter Allgemeine Zeitung » rappelle que le ministre des Finances a prévenu dès octobre dernier qu’il fallait se préparer à une « normalisation ». Mais cette mise en garde avait été occultée par l'annonce d'un exercice 2018 excédentaire d'environ 12 milliards d’euros : le surplus structurel autorise chacun au gouvernement à formuler sa propre requête de soutien. Malgré tout, certains économistes en Allemagne avaient alors considéré ce surplus comme un trompe-l’œil, insuffisant en réalité pour faire face le moment venu aux vents contraires.

Normalisation

Olaf Scholz appelle, maintenant, chaque ministère à épargner pour financer le gonflement des dépenses de personnel de l’Etat fédéral. Ses services considèrent que le chiffrage de certaines politiques publiques, comme la sortie du charbon, est à revoir. Et même certains engagements fondamentaux risquent d’être alors remis en cause. La chaîne d’information N-TV insiste ainsi sur la probabilité que l’objectif de 1,5 % du produit intérieur brut consacré à la Défense soit repoussé.

En attendant que ces arbitrages soient fixés, normalement le 20 mars, le vice-chancelier, appuyé par la chancelière Angela Merkel, a décidé de fermer la porte à certaines demandes de dépenses sociales. Le ministre social-démocrate du Travail, Hubertus Heil, aurait voulu garantir une pension « de base » de 1 000 euros pour les 3 à 4 millions de futurs retraités à bas revenus. Un coût insoutenable, d’après un porte-parole de la chancellerie. Pour le magazine économique WirtschaftsWoche, dans l’avenir proche, c’est là une « ligne de fracture politique centrale ».

Politique procyclique

Par-dessus cette dissension politique, le resserrement budgétaire qui s’annonce va intervenir à un moment délicat du cycle économique, à tel point que le tassement de la croissance pourrait alors s’amplifier dangereusement. Argumentation inaudible de ceux qui traitent des finances publiques au sein de la majorité parlementaire. Le conservateur Eckhardt Rehberg, porte-parole pour le Budget à la Chambre basse, répond qu’il faut placer une considération au-dessus de toute autre : celle de ne pas « vivre aux dépens des nouvelles générations ».