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Voiture à hydrogène : la Chine lance son Grand Bond en Avant

A horizon 2030, la Chine veut passer de 2.500 véhicules à hydrogène à ... 1 million !

A horizon 2030, la Chine veut passer de 2.500 véhicules à hydrogène à ... 1 million ! - ROBYN BECK / AFP

Le Gouvernement chinois a annoncé une initiative massive en faveur de l'hydrogène en général, et de l'automobile à hydrogène en particulier.

« Nous devons créer une société de l'hydrogène » déclare purement et simplement Wan Gang, sans doute un des plus hauts responsables chinois en matière de planification des grandes politiques industrielles et énergétiques du pays. « Cela doit devenir une priorité nationale, et pour cela nous allons surmonter tous les obstacles qui nous empêchaient jusque-là de développer la pile à combustible » ajoute-t-il.

Une initiative prise d'autant plus au sérieux que Wan Gang est le premier responsable politique chinois à avoir cru, il y a 20 ans, au développement exponentiel de l'automobile électrique dans le pays. A ce jour, plus d'1 million de ces voitures circulent en Chine. 

Réorientation des politiques publiques

La feuille de route est donc toute tracée. Le Gouvernement veut passer de 2.500 véhicules à hydrogène dans le pays à 5.000 l'année prochaine, 50.000 en 2025 et 1 million à horizon 2030 ! Un basculement en matière de construction automobile, d'infrastructure de production et de distribution, pour lequel la Chine a prévu une enveloppe initiale de 10,7 milliards d'euros, et qui devrait largement augmenter ces prochaines années.

C'est d'ailleurs en grande partie pour cela que les milliards d'euros de subventions en faveur de l'automobile électrique classique ont été supprimés. La Chine a désormais l'intention de réorienter la majorité de ses capacités de financement en faveur de l'automobile propre vers l'hydrogène.

Industriels en première ligne

Cela passe d'abord par la production d'automobiles, et pour cela les grands constructeurs nationaux, SAIC, Great Wall, Yuton Bus et Foton ont été sollicités, et bénéficient de larges subventions pour financer la recherche et le développement de nouveaux modèles. Une nouvelle usine de production est en train d'être construite dans la région de Guangdong (un investissement d'1,6 milliard d'euros). Son objectif est de produire 160.000 véhicules à hydrogène par an, à horizon 2024.

Le Français Air Liquide va être d'ailleurs largement mis à contribution, puisqu'il participe déjà à un consortium local chargé de construire de nouvelles stations de recharge en hydrogène (il n'en existe pas plus d'une quinzaine pour tout le pays). 

Lutte capitale contre le CO2

L'importance de ce grand plan stratégique est difficile à saisir. Il n'est pas question pour la Chine de basculer totalement d'une technologie à une autre, mais d'enrichir la palette de solutions disponibles, tout en répondant à des besoins urgents. C'est pourquoi cette révolution de l'hydrogène va en priorité viser les transports publics et les camions de transport routier. 

« C'est même là que cette technologie sera la plus intéressante » dit Xavier Mosquet, expert automobile au Boston Consulting Group. Le secteur des poids lourds et du transport en commun étant encore très émetteur de CO2. La propulsion par pile à combustible permet de s'affranchir du souci de la recharge électrique par branchement. 

« C'est un vrai facteur d'accélération pour ce type de mobilité, en premier lieu pour les segments utilitaires et poids lourds » affirme Fabien Ferrari, Directeur Général de Symbio (co-entreprise de Michelin et Faurecia, grand spécialiste de l'hydrogène). « Et c'est de très bon augure pour les véhicules particuliers également, qui pourraient décoller de manière décisive dès 2025 », estime-t-il.

Une mutation suivie de près

L'hydrogène qui a un autre avantage capital, celui du bilan écologique... Car la voiture électrique chinoise a toujours eu un vrai problème, c'est que l'électricité en Chine est encore produite à 50% par des centrales à charbon. L'hydrogène garantit que, de la recharge aux rejets (uniquement de la vapeur d'eau), le véhicule aura un bilan bien plus positif (même si la production de l'hydrogène en elle-même est loin d'être neutre en matière de pollution). L'agence Fitch voit même dans cette transition « la prochaine étape logique pour réduire les émissions, en résolvant certaines difficultés des véhicules électriques ».

Même si elle n'est pour l'instant qu'à vocation strictement domestique, cette grande mutation vers l'hydrogène est surveillée de près par les grands industriels. En fonction de ce que va développer la Chine ces prochaines années, les constructeurs notamment trouveront sans doute de meilleurs débouchés pour leurs véhicules, et seront amenés à enrichir leur offre. « Tous les constructeurs ont un "plan hydrogène" plus ou moins avancé », ajoute Fabien Ferrari, directeur général de Symbio. « Ils doivent accélérer sur les technologies zéro émission, et le simple électrique ne suffira pas. L'hydrogène vient compléter l'offre ».

Défis techniques considérables

Pour le moment, seuls Toyota avec la Mirai et les coréens Hyundai et Kia sont présents sur le secteur, ainsi que quelques concurrents locaux sur certains marchés. Avant que les grands constructeurs chinois ne prennent le relais, ils seront sans doute les plus à même de bénéficier de ce nouveau marché en forte expansion. Ainsi que les spécialistes de la production d'hydrogène, qui vont être mis à contribution. « Je pense que le marché chinois sera ouvert à tous », dit Fabien Ferrari, de Symbio. « Mais les autorités privilégieront les co-entreprises spécialisées. Là-dessus Michelin et Faurecia ont une vraie longueur d'avance en Chine de par leur expertise ».

Malgré tout, la majorité des observateurs restent prudents, notamment face à la somme considérable de défis techniques nécessaires pour accélérer sur cette technologie, en matière de fabrication des piles à combustible et de production en masse d'hydrogène. Et en cela, les premières années de cette révolution seront capitales.