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Un Mondial de l’automobile sous le signe de la crise

Les manifestations, heurts et rapports alarmistes sur la situation du marché de l'automobile se son multipliés pendant l'édition 2012 du Mondial de l'auto

Les manifestations, heurts et rapports alarmistes sur la situation du marché de l'automobile se son multipliés pendant l'édition 2012 du Mondial de l'auto - -

Le Salon de l’auto, ouvert il y a deux semaines, prend fin ce dimanche. Ce Mondial 2012 aura été émaillé d’évènements révélateurs de la mauvaise santé du secteur automobile, en France et en Europe. Chronologie.

Visite du ministre du Redressement productif sous haute tension, manifestation avortée devant le Parc des expositions de Porte de Versailles, publications de rapports pessimistes sur l’avenir du secteur… Au Mondial 2012, qui se tient à Paris jusqu’au 14 octobre, l’ambiance aura été plombée par la morosité du marché automobile. Chronologie du marasme en quelques dates.

> Le 29 septembre, une cinquantaine de salariés de l'usine PSA d'Aulnay, et de celle de Ford Blanquefort font bruyamment entendre leur voix. A l’occasion de l'ouverture au public du Salon de l'automobile à Paris, le ministre du Redressement productif, attendu dans les allées, annonce qu’il n’a pas l’intention de venir. Les manifestants avaient prévu de décerner à celui qu’ils surnomment le "ministre improductif" un carton rouge, symboles de leurs inquiétudes après l'annonce de la fermeture d'Aulnay en 2014. Ils les distribuent finalement aux visiteurs. Les PSA se dirigent vers les stands Citroën et Peugeot pour haranguer la foule et tenter de convaincre, sans succès, les hôtesses de porter leurs badges.

> Le 1er octobre, le Comité français des constructeurs automobiles annonce que l'année 2012 sera (encore) un mauvais cru pour les immatriculations de voitures neuves en France. Il revoit ses prévisions à la baisse, tablant désormais sur une chute de 12%, qui touchera tout particulièrement les constructeurs français. Les perspectives pour l’année 2013 et les suivantes ne sont pas plus glorieuses, indique aussi le CCFA. Les ventes d'automobiles, qui ne cessent de décliner depuis le début de l'année, ont encore perdu 18,3% en septembre.

> Le 6 octobre, Arnaud Montebourg se rend finalement au salon de l’Auto. Quelques semaines après l’annonce d’un plan social d’ampleur chez PSA, et de la fermeture de l’usine d’Aulnay-sous-Bois, le ministre sait qu’il risque de rencontrer des mécontents dans les allées. Il démine le terrain en commençant sa visite par une rencontre avec les syndicats de PSA Aulnay. L’annonce d’une rencontre tripartite entre les représentants du personnel, la direction de Peugeot-Citroën et d’émissaires du gouvernement pour renégocier les détails de la restructuration ne suffit pas à rassurer les salariés de PSA.

> Le 9 octobre, ces mêmes employés, accompagnés notamment par des délégations d'ArcelorMittal, de Continental, de Faurecia, et de Gooyear, se rassemblent devant la porte de Versailles. Ils ont prévu une grande manifestation dans l’après-midi, à l’appel de la CGT. Ils sont environ 2000 à défiler pour la défense de l’emploi. Certains tentent alors de pénétrer à l’intérieur du salon. Des heurts éclatent avec les forces de l’ordre. Du gaz lacrymogène se répand dans l’air, des pavés et des plantes déracinnées volent. Bilan : Quatre CRS blessés, pas d’interpellation. La manifestation se délocalise au centre de Paris. 

> Le 10 octobre, l’agence de notation Standard and Poor's publie une étude selon laquelle les ventes de voitures en Europe ne retrouveront pas leur niveau d'avant crise d'ici 2018. Pour S&P, les immatriculations de voitures neuves devraient rester inférieures à 12 millions d'unités en 2012, contre près de 15 millions en 2007. Elles devraient ensuite se redresser peu à peu pour frôler les 15 millions dans six ans. Pour ajouter aux bonnes nouvelles, l’agence assure que la question des surcapacités de production en Europe de l'Ouest continue à se poser avec acuité. Selon elle, les mesures annoncées par les constructeurs concernent moins de 5% de l'ensemble des capacités, alors que selon les calculs de S&P, les surcapacités atteignent 20%.

> Le 11 octobre, Reuters fait savoir que Bentley et Lamborghini pourraient retarder la mise en productionde leurs SUV. Jusqu’ici, l’auto de luxe surfait sur la vague, la crise s’arrêtant à la porte des concessionnaires haut-de-gamme. Mais finalement, les projets de 4x4 ultra-luxueux des deux marques pourraient être gelés pour ménager les finances de leur maison-mère, Volkswagen. Selon la même source, le géant allemand de l'automobile commence en effet à ressentir les effets de la crise. Aux prises avec des baisses de production imprévues et un ralentissement de ses ventes, VW entend réviser à la baisse ses prévisions de dépenses de production.

A lire aussi notre premier bilan du Salon de l'Automobile 2012.

Nina Godart