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Trafic de points : que risquez-vous ?

C'est ce que les automobilistes français pourraient bientôt encourir...

C'est ce que les automobilistes français pourraient bientôt encourir... - -

Acheter des points de permis de conduire sur internet, c'est illégal, mais c'est facile. Un trafic auquel le gouvernement veut mettre fin et qui sera bientôt passible de 6 mois de prison.

Le projet de loi sur la sécurité intérieure (Loppsi 2) est présenté ce mercredi 27 mai par Michèle Alliot-Marie en conseil des ministres. Le gouvernement veut notamment lutter contre le trafic de points de permis de conduire sur internet. Une amende de 15 000 euros assortie d'une peine de 6 mois de prison est instaurée, pour l'acheteur comme pour le vendeur. Une peine doublée si la preuve du commerce de points est établie.

« Vends points de permis B... »

Bien qu'illégales, les annonces de vente de points de permis de conduire sont nombreuses sur Internet. Comment marche ce trafic ? C'est simple. Flashé sur l'autoroute, vous recevez un PV et l'infraction vous coutera 2 points. Vous la contestez, en expliquant que ce n'était pas vous qui étiez au volant - d'autant que maintenant, les radars ne prennent plus la photo de l'habitacle, mais seulement de la plaque d'immatriculation. Ensuite, sur internet, en quelques clics, vous trouvez des petites annonces d'automobilistes qui vendent leurs points de permis de conduire. La fourchette moyenne va de 100 à 400 euros le point. Mais certains sont plus gourmands. Comme ce Français vivant à Panama, qui n'a pas besoin de sa petite feuille rose et demande 800 euros par point. En échange de quoi, il vous donne son numéro de permis de conduire et endosse l'infraction à votre place.

Petits arrangements entre amis et en famille

En 2008, les Français ont perdu pas loin de 10 millions de points de permis et près de 100 000 personnes se sont retrouvées à pieds. Comme l'explique Pascal Pennec, rédacteur en chef adjoint à Auto Plus, « face à un système de points devenu très sévère, les Français ont recours au système D et s'échangent leurs points en famille ou entre amis. On trouve beaucoup d'annonces sur internet, mais peu sont concrétisées, car c'est tellement plus simple de les acheter à un ami ou en famille. »

Certains conducteurs justifient en effet l'achat de points sur internet par le coût des stages de conduite pour récupérer des points et par le fait que l'on peut perdre son permis. Des arguments dont Chantal Périchon, présidente de la Ligue contre la violence routière, ne veut pas entendre parler : « 80% des gens ont encore leur permis. Et certaines entreprises payent une partie de ces stages, par exemple pour les professionnels de la route. Et s'il y a quelque chose dont on peut s'exonérer et ne pas payer, ce sont bien les points : il suffit de respecter les règles. »

« Un système pour repérer les dénonciations "étranges" »

Visiblement agacé par le nombre de quasi centenaires qui perdent des points, le gouvernement a mis en place « un système pour pouvoir repérer les dénonciations "étranges" », raconte Pierre Olivier Savreux, rédacteur en chef adjoint à Auto Plus : « les dénonciations de conducteurs de plus de 85 ans. Dans ces cas-là, ils vont jeter un coup d'œil pour voir si ce n'est pas une personne qui est en maison de retraite ou dont on sait qu'elle ne conduit pas depuis très longtemps. Donc, ce qui risque de se passer, c'est que le ministère de l'Intérieur, pour l'exemple, va un jour prendre un cas d'une mamie ou d'un papi qui a dépanné son petit-fils ; ils vont en parler au niveau des médias, pour effrayer un peu les personnes âgées et faire en sorte que celles-ci s'adonnent moins à ce genre d'arrangement. »

Si pour l'instant les textes parlent de sanctionner l'achat de points, et non le don, méfiance, car les lois pourraient encore s'endurcir...

La rédaction, avec Nicolas Marsan-Bourdin & Co