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Renault : opération déminage pour Jean-Dominique Senard

Remarquablement absent des débats ces dernières semaines, salariés inquiets et actionnaires attendent du Président Jean-Dominique Senard qu'il reprenne fermement les commandes du groupe.

Remarquablement absent des débats ces dernières semaines, salariés inquiets et actionnaires attendent du Président Jean-Dominique Senard qu'il reprenne fermement les commandes du groupe. - Eric PIERMONT / AFP

L'assemblée générale du constructeur est attendue comme un moment capital, pour tenter de résorber une importante crise de confiance en interne.

La première assemblée générale annuelle de Renault sera sans doute beaucoup plus compliquée à gérer que prévu pour le Président Jean-Dominique Senard. Très discret ces dernières semaines, au milieu d'une actualité foisonnante et de nature à soulever énormément de questions en interne chez Renault, il va devoir impérativement reprendre la main, et dissiper les inquiétudes.

« On peut même parler de défiance totale à ce niveau », dit Fabien Gache, délégué central CGT chez Renault. « Depuis que le nouveau management est entré en fonction fin janvier, aucune rencontre formelle n'a eu lieu avec les syndicats pour discuter des dynamiques industrielles, d'emploi, de cadences de travail. La communication en interne est totalement défaillante, les communiqués sont laconiques, quand il y en a. On est plutôt informés par voie de presse », regrette-t-il. 

Atmosphère de crise

Mais il est clair que Jean-Dominique Senard, pourtant arrivé avec une solide réputation d'homme de consensus et de diplomatie, a sérieusement perdu de son leadership aux yeux des salariés et des syndicats. Au point que l'inquiétude est désormais palpable en interne.

« M. Senard devait être le président de la rupture avec l'ère Ghosn, et l'artisan de la paix avec Nissan. Au lieu de ça, on se retrouve avec une crise ouverte encore plus grave, et une vraie incompréhension des salariés après l'affaire du mariage raté avec Fiat-Chrysler. On ne sait plus où on va » poursuit Fabien Gache. 

Si le ton est peut-être plus pondéré à la CFDT et à la CFE-CGC, partout les syndicats mettent en garde la direction et invitent, au milieu de l'atmosphère actuelle de crise, à « préserver les intérêts des salariés ». On sent une vraie position défensive qui illustre les doutes en interne sur le management, d'autant que depuis quelques semaines il semble que l'Etat-actionnaire a totalement pris le dossier en main, désormais enjeu politique et diplomatique. Les problématiques industrielles et commerciales étant pour le moment mises en sommeil.

Les actionnaires dans l'attente

Même son de cloche du côté de certaines associations d'actionnaires. « Il est important que Jean-Dominique Senard s'impose lors de cette assemblée générale », estime Loïc Dessaint, Directeur Général du cabinet Proxinvest. « C'est une AG complexe, elle va devoir revenir sur beaucoup d'événements de l'année passée, notamment sur le dossier Ghosn, et le temps sera compté. Mais il va falloir prendre le temps de poser les choses, et marquer le coup en matière de leadership », ajoute-t-il.

« Le mariage avorté avec Fiat-Chrysler et ses conséquences en bourse ont provoqué beaucoup d'interrogations sur la juste valorisation de Renault. Et les liens avec Nissan, qui devraient être au centre de la stratégie, sont devenus les principaux points de crispation. Cela constitue un véritable problème qui peut perturber la création de valeur » conclue Loïc Dessaint.

L'assemblée générale devra donc être impérativement une affirmation du leadership de Jean-Dominique Senard. Jugé bien trop effacé ces dernières semaines, il doit rapidement reprendre les rênes et affirmer sa position, alors que Renault semble otage d'intérêts et de forces qui le dépassent, avec un Etat-actionnaire à la manoeuvre et un dossier Nissan qui s'annonce long et compliqué à gérer. Salariés et actionnaires semblent attendre de lui qu'il quitte son costume d'homme de consensus et de diplomatie, pour enfin s'imposer de manière ferme comme le capitaine à la barre.