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Proxinvest dénonce le coup de force de Carlos Ghosn sur Renault-Nissan

L’État conserve certes ses droits de vote doubles chez Renault, mais ceux-ci seront plafonnés pour tout ce qui concerne les décisions opérationnelles, si la vote de la résolution 5 à l'AG du 29 avril passe en l'état.

L’État conserve certes ses droits de vote doubles chez Renault, mais ceux-ci seront plafonnés pour tout ce qui concerne les décisions opérationnelles, si la vote de la résolution 5 à l'AG du 29 avril passe en l'état. - Toru Yamanaka-AFP

"Pour la société de conseil aux actionnaires, le PDG prépare une résolution, lors de l'AG du 29 avril 2016, qui priverait l'État de ses droits de vote doubles sur des décisions opérationnelles chez Renault. Une façon pour Carlos Ghosn de conforter son pouvoir."

Carlos Ghosn a-t-il trouvé la martingale pour se maintenir à la tête de Renault sans que l'Etat ait son mot à dire? C'est l'accusation explicite qu'adresse Proxinvest dans une tribune virulente à l'endroit du PDG de Renault. Pour cette société de conseil aux investisseurs qui dénonce régulièrement certaines dérives de grands patrons français, Carlos Ghosn soumettra au vote, lors la prochaine assemblée générale de Renault, programmée le 29 avril 2016, l'accord de stabilisation conclu avec l'État français. Cet accord avait mis un terme au bras de fer de la fin 2015,qui avait fait suite à l'attribution de droits de vote double à l'Etat.

Tel qu'il est présenté au vote en résolution 5, cet accord prévoit de plafonner pour certaines décisions les droits de vote double de l’État en assemblée générale. Ces exceptions portent notamment sur le vote de la rémunération, sur la limite d'âge pour l'exercice des fonctions ou de la durée du mandat des administrateurs et des dirigeants mandataires sociaux et sur l'attribution des plans d'action ou d'options. Pour Proxinvest, "l'État ne pourra exercer ses droits de vote doubles sur ces questions, laissant M. Ghosn plus libre pour tenter de proroger la durée de son mandat aussi longtemps qu’il le souhaite". La société appelle donc les actionnaires à rejeter cet accord.

Renault passera-t-il sous les fourches caudines de Nissan ?

Elle conteste également une autre résolution, portant le numéro 6, qui selon Proxinvest, implique "l’abandon totalement injustifié de la part du conseil d’administration de Renault de ses droits légitimes d’actionnaire chez Nissan, détenue aujourd’hui à 43,44%, notamment sur toutes les questions essentielles de gouvernance chez Nissan". Pour la société de conseil, la cause est entendue, "Cet accord jamais vu, assurant l’irrévocabilité d’un dirigeant physique, injustifiable pour les actionnaires de Renault, va à l’encontre de toute règle de bonne gestion et de bonne gouvernance". Elle appelle les actionnaires à rejeter l'objet de cette seconde résolution.

Ces critiques convergent vers celles exprimées sur le blog de Mediapart, pour qui "cet accord, capitulation serait plus juste, oblige Renault à accepter tout diktat et à passer sous les fourches caudines de Nissan et ceci avec l’aval du conseil d’administration de Renault". La prochaine AG 2016 de Renault promet donc d'être animée, à la fin du mois d'avril.

F.Bergé