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Pourquoi les Français se ruent sur les grosses voitures allemandes

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"Alors que les ventes de voitures neuves continuent de progresser fortement, ce sont les constructeurs allemands de voitures premium qui en profitent le plus. Explications."

Décidément les Français adorent les Porsche. Les petits comme les grands. Alors que Playmobil fait un carton depuis quelques mois avec sa toute première Porsche en jouet, le constructeur auto bat des records de ventes dans l'Hexagone. La marque allemande du groupe Volkswagen qui écoule généralement entre 3.500 et 4.000 modèles neufs dans l'Hexagone tous les ans voit ses ventes exploser depuis le début de l'année. Sur le mois d'avril, elles ont même fait un bond colossal de 35,7%, selon le CCFA. Sur un marché en hausse de 6,5%, la marque est celle qui a enregistré le plus fort taux de progression sur le mois. 

Mais ce n'est pas la seule marque allemande de voitures haut de gamme à enregistrer une croissance à deux chiffres. BMW n'est d'ailleurs pas très loin derrière avec une hausse de 29,4%. Et pour cette dernière, la performance est d'autant plus impressionnante que ses volumes sont plus élevés (BMW vend 15 fois plus de voitures que Porsche en France) et qu'elle avait déjà enregistré une année record en 2015 avec près de 54.000 nouvelles immatriculations. Mercedes n'est pas en reste. La firme de Stuttgart qui tente de rajeunir son image depuis quelques mois a vu elle ses ventes hexagonales bondir de 23%. Dans ce tableau, Audi ferait presque figure de mauvais élève avec des ventes en hausse de "seulement" 8,9% (tout de même au-dessus du marché). Un petit effet "Volkswagen" joue peut-être en défaveur de la firme bavaroise.

Le coût de possession d'une voiture premium moins élevé

En tout cas, le succès des marques haut de gamme a de quoi surprendre dans un pays qui sort tout doucement de la crise. "On observe le même phénomène partout en Europe, fait remarquer Jean-François Belorgey associé chez Ernst & Young en charge du secteur automobile. Le marché est doublement vertueux: il repart à la hausse tant en quantité qu'en qualité". Plusieurs raisons expliquent ce phénomène. Il y a d'abord le fait que les marques premium proposent désormais dans leur catalogue des véhicules plus compacts, plus sobres et qui ne coûtent pas forcément plus cher à entretenir. Les grandes marques viennent donc chasser sur les terres des généralistes avec des modèles comme la Mercedes Classe A ou la BMW Série 1. 

Mais les clients des généralistes se laissent aussi de plus en plus tenter par les grandes marques car elles bénéficient d'une meilleure image. Or les automobilistes ont tendance à garder plus longtemps leur véhicule. Le parc français qui est en pleine phase de renouvellement avait atteint 9 ans de moyenne d'âge en 2015. Les gens préfèrent changer moins, mais changer mieux.

54,6 ans, l'âge moyen de l'acheteur 

Encore faut-il en avoir les moyens. Alors que 68% des Français estiment que leur pouvoir d'achat a baissé depuis un an, ils se précipiteraient chez leur concessionnaire BMW pour se faire un "petit plaisir" à 50.000 euros? C'est plus compliqué que cela. D'abord parce que la baisse historique des taux d'intérêt favorise cet achat plaisir en rendant les mensualités moins douloureuses. "Et surtout, note Jean-François Belorgey, il ne faut pas oublier que l'âge moyen de l'acheteur de voitures neuves est très élevé. Son pouvoir d'achat est bien plus élevé que la moyenne". Ainsi, l'acquéreur d'un véhicule neuf avait en moyenne 54,6 ans en 2014 contre 49,7 ans en 2005 et à peine 43,7 ans en 1991. À près de 55 ans, l'acheteur moyen n'a souvent plus de crédit immobilier ni parfois d'enfant à charge. Il peut donc se faire plaisir avec une "grosse allemande." 

Frédéric Bianchi