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Peugeot et Renault bataillent pour s'allier à Fiat

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Fiat - MARCO BERTORELLO / AFP

Les discussions s’intensifient entre PSA et Fiat-Chrysler sur les sujets financiers et opérationnels. Le constructeur français reste très prudent face à un dossier complexe. Renault est entré dans le jeu en réfléchissant à une alliance avec le constructeur italien et avec d’autres…

Renault et Peugeot engagent leur bras de fer. Les deux constructeurs français ont entamé une course à la taille pour consolider le marché européen de l’automobile. Depuis plusieurs semaines, c’est PSA qui a ouvert les hostilités en engageant des discussions avec Fiat-Chrysler. A ce stade, elles semblent « très avancées, jusqu’aux sujets opérationnels, mais loin d’être finies car il reste beaucoup de problèmes à régler » résume un proche des négociations.

Au plan financier d’abord, le principal actionnaire de Fiat, la famille Agnelli, semble vouloir vendre toute sa participation de 29% en cash. Une demande exigeante qui obligerait Peugeot à racheter 100% du capital de Fiat à travers une OPA pour 25 milliards d’euros en cash ! Eux veulent davantage une fusion qui permettrait de ne rien pas débourser mais qui contraindrait les Agnelli à rester dans l’aventure. En réalité, les Peugeot seraient prêts, selon nos informations, à financer un rachat de Fiat-Chrysler avec un mélange de cash et d’échange d’actions entre les deux groupes. Ce qui impliquerait qu’ils participent tout de même à une augmentation de capital indispensable pour une telle opération. L’autre actionnaire de Peugeot, Bpifrance, pourrait aussi remettre au pot. « Elle soutient PSA et son développement donc elle suivra le groupe » explique un bon connaisseur de la Banque publique d’investissement.

Menace d’une lourde amende pour Fiat

Mais avant d’en arriver là, les deux constructeurs doivent d’abord s’entendre au plan opérationnel. Et les discussions sont loin d’être simples. Selon plusieurs sources, Peugeot est très préoccupé par le « profil carbone » de Fiat. Son incapacité à se mettre aux normes européennes d’ici 2021 risque de lui valoir une amende d’environ 3 milliards d’euros. « C’est LE problème qui pousse les Agnelli à vendre et Peugeot à être très prudent » explique une source proche du dossier. Il y a quelques semaines, Fiat a d'ailleurs passé un accord avec le constructeur de voitures électriques Tesla pour baisser son exposition carbone.

Peugeot estime que les usines de Fiat en Italie seraient trop vétustes pour être mises aux normes rapidement. Et certaines mériteraient même d’être fermées comme dans le Sud de l’Italie. Reste ensuite des problèmes de concurrence à régler, notamment dans les véhicules utilitaires. Pour le moment, on est loin d’un accord. Mais « Les discussions continuent et malgré les postures de négociations des deux groupes, c’est un projet sérieux » ajoute une autre source au fait du dossier.

Bercy étudie les deux scénarios

En attendant, les Agnelli font monter les enchères et discutent avec d’autres constructeurs européens. Parmi eux, plusieurs sources rapportent que Renault « a pris contact » avec les propriétaires de Fiat. « Les échanges ont lieu au plus haut niveau » explique une source. Le nouveau président de Renault, Jean-Dominique Senard est à la manœuvre mais les discussions sont très préliminaires à ce stade, contrairement à celles engagées avec Peugeot. Pour preuve, son partenaire Nissan n’y participe pas encore. Si un projet devait aboutir, il se ferait inévitablement au sein de l’Alliance avec Renault, Nissan et Mitsubishi. Des bons connaisseurs de Renault s’interrogent sur la réelle motivation de Renault à discuter avec Fiat. Par rivalité face à PSA ou pour inciter Nissan à consolider davantage l’Alliance, les deux hypothèses sont soulevées. « Renault est obligé de regarder les dossiers que Peugeot étudie, explique un proche du constructeur au lion. Il ne faut pas pour autant les sous-estimer ». Contactés, Renault et Peugeot ne nous ont pas répondus.

Reste à savoir, en cas de duel Peugeot-Renault pour racheter Fiat, ce que ferait l’Etat français. Actionnaire de Renault à 15%, il détient aussi 12% de Peugeot à travers Bpifrance. Une question que les pouvoirs publics se posent déjà. Selon nos informations, Bercy a étudié les deux scénarios Peugeot-Fiat et Renault-Fiat. Cette note évalue les impacts sociaux, industriels et de l’évolution de sa participation dans chacune des entreprises. Le ministère de l’Economie ne commente pas mais reconnait qu’ « il n’est pas illogique qu’il y ait des notes sur des rapprochements évoqués dans la presse ».

Une alliance avec Daimler ?

Si Peugeot se marie avec Fiat, Renault a bien l’intention de ne pas rester les bras croisés. Selon un proche de Jean-Dominique Senard, le président de l’Alliance multiplie les pistes et « explore toutes les options, y compris un rapprochement avec Daimler ». Le constructeur de Mercedes est partenaire de longue date de Renault dont il détient 3% du capital. Depuis l’éclatement de l’affaire Carlos Ghosn, des rumeurs persistantes prêtent à Daimler la volonté de tirer son épingle du jeu pour s’insérer dans l’Alliance. « Ils rêvent depuis toujours de mettre la main sur Nissan » résume un bon connaisseur du constructeur japonais.

Quoi qu’il en soit, aucune opération ne devrait être signée avant les élections européennes. Les résultats du scrutin, notamment en Italie, seront déterminants pour la suite. Aussi pour l’évolution des relations politiques franco-italiennes, inévitablement en jeu dans une telle opération. D’ici fin mai, la course continue entre Renault et Peugeot.