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Marché automobile européen : vers une 1ère baisse annuelle en 6 ans

Le marché automobile européen devrait connaître cette année sa première contraction depuis 2013. Une tendance au tassement qui inquiète alors que l'Europe faisait figure jusque-là de zone préservée des turbulences.

Le marché automobile européen devrait connaître cette année sa première contraction depuis 2013. Une tendance au tassement qui inquiète alors que l'Europe faisait figure jusque-là de zone préservée des turbulences. - ANDY BUCHANAN / AFP

L'Association Européenne des Constructeurs Automobiles (ACEA) a revu à la baisse ses projections pour 2019, prévoyant désormais un repli d'1%, le premier depuis 2013.

« Une stabilisation naturelle du marché » dit l'ACEA... Certes, après 5 années de hausse continue, le marché automobile européen avait sans doute besoin d'une période de retour au calme. Mais l'Association le reconnait elle-même, « la tendance devient sensiblement plus négative ».

« On le voit, la croissance ralentit d'année en année. Il y a eu la crise financière de 2008, un point bas en 2013, où on avait un marché en baisse (1,4%), puis un très net redressement », commente un responsable de l'ACEA. « Mais depuis 2015, le tassement est continu, +9,3%, puis 6,8% en 2016, 3,4% en 2017, +0,1% l'année dernière... la logique de cycle voulait qu'on connaisse une nouvelle baisse cette année », continue-t-il.

« Rééquilibrage logique »

Le marché automobile devrait donc subir une contraction cette année, la première depuis 2013. Tablant auparavant sur une hausse d'1% pour 2019, l'ACEA prévoit désormais une baisse du même ordre, 1%, à un tout petit plus de 15 millions de véhicules au total.

Un rééquilibrage logique, « qui reste cohérent avec les indicateurs économiques généraux en Europe », dit l'Association, qui remarque que les ventes automobiles ont toujours été le reflet de la croissance de l'activité sur le continent. Avec une croissance revue à la baisse récemment par la Bruxelles à 1,5%, il est clair que l'automobile suit le mouvement général. « Bien sûr des facteurs spécifiques pèsent, comme tout ce qui est lié de près ou de loin au Brexit et des incertitudes économiques sur certaines zones, mais rien d'incohérent ni d'alarmant à ce stade », affirme-t-on à l'ACEA.

Signaux négatifs

Mais cette « stabilisation » confirme plusieurs signaux inquiétants apparus ces derniers mois. Tout d'abord le nombre important d'avertissements sur bénéfices de la part de grands groupes automobiles. Daimler, BMW, grands équipementiers... La plupart des industriels du secteur doivent affronter une somme considérable de défis simultanés, avec en toile de fond un durcissement régulier des réglementation antipollution, une marche forcée vers l'électrique et une révolution technologique profonde vers la high-tech, l'autonomie et les nouveaux types de mobilités.

Tous doivent investir des sommes considérables qui vont se chiffrer en dizaines de milliards d'euros pour financer cette transition, tout en mettant de côté de fortes sommes pour régler d'éventuelles pénalités pour non-respect des objectifs de CO2 européens, avec un impact majeur sur leur rentabilité.

« Désert des profits »

De quoi inquiéter sérieusement l'ensemble des observateurs de l'industrie. Le cabinet Alix Partners voit même en ce moment les signes avant-coureurs d'une nouvelle crise majeure du secteur auto, sans doute plus grave qu'en 2008, avec en prévision une sorte de « Désert des profits ».

C'est surtout la course à l'électrification qui provoque les craintes du cabinet, qui dans une étude estime que les investissements totaux pour cette technologie vont s'élever à 275 milliards d'euros sur les 5 prochaines années. Une véritable machine à détruire les profits selon Alix Partners, pour qui la croissance du secteur à l'échelon mondial ne devrait pas excéder 1,6% d'ici 2026, soit une moyenne de ... 0,2% par an.

Un atterrissage brutal qui aura des conséquences industrielles et sociales difficilement calculables. Et côté volumes de ventes, face à un marché américain incertain et des marchés asiatiques très disparates (avec la Chine toujours en phase de forte correction), le marché européen représentait le seul « îlot de sûreté » mondial. Si les signaux de faiblesse se confirment, les conséquences pourraient être d'autant plus grave pour l'ensemble du secteur automobile mondial.