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Les VTC s'unissent pour lancer la contre-offensive

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Après la défaite judiciaire d’Uber dans l'affaire UberPop et la non-participation des grandes sociétés de VTC aux tables rondes organisées par Laurent Grandguillaume, médiateur du dossier, 12 plateformes de VTC, dont Uber et Voitures Noires, ont créé une union professionnelle pour défendre l'ensemble des activités liées à la mobilité.

L’union fait la force. C’est désormais la devise d’Uber. Avec une douzaine de confrères, le VTCiste a créé une organisation afin de défendre son activité devant les autorités. L’Unam (Union des acteurs de la mobilité) a discrètement été mise sur pied il y a quelques jours. Elle n’a pas encore fait d’annonce officielle et ne dispose toujours pas de site internet, mais son bureau a déjà été constitué. Karim Ferchiou, PDG de Voitures Noires, a été élu président. Il est entouré de deux vice-présidents: un membre du centre de formation Cab et un responsable d’Uber France.

Cette décision a été prise dans l’urgence après la condamnation d’Uber dans l’affaire UberPop, mais aussi à la suite des tables rondes organisées par Laurent Grandguillaume, député PS de Côte-d’Or, conseiller municipal de Dijon et médiateur nommé par le gouvernement pour réguler les professions concernées par le transport de personnes. Alors que ces réunions devaient laisser s’exprimer chaque camp pour conclure une paix des braves, les grandes sociétés de VTC n’étaient pas présentes. Selon un proche du dossier, cette absence s’explique par le fait que l’État ne reçoit pas d’entreprises privées, mais les représentants d’une profession.

Les grandes plateformes de VTC blacklistées par l'État?

"C’est même pire que ça, a déclaré Karim Ferchiou à BFM Business. Non seulement nous avons été écartés, mais nous avons surtout été blacklistés par l’État. Personne n’a voulu nous recevoir. Même Emmanuel Macron nous a fait comprendre qu’il nous soutient, mais n’a pas les cartes en main".

La première mission de l'Unam est de ralentir les ardeurs de l’État qui voudrait "légiférer à la serpe", selon un proche du dossier. À peine les tables rondes passées, Laurent Grandguillaume a dévoilé sur son site une proposition de loi qu'il compte présenter cet été. Une méthode qui rappelle aux VTC celle utilisée pour la loi Thévenoud qui a été votée dans l’urgence.

L’Unam prépare déjà des opérations de lobbying auprès des membres du gouvernement et des députés. La première salve, la plus critique, repose sur le statut de la capacité LOTI (loi d'orientation des transports intérieurs) qui crée la polémique. Créés en 1982 pour le transport collectif, ces capacitaires constituent l’une des forces vives des sociétés de VTC. "Pourquoi l’État veut tout d’un coup accélérer la cadence? Pour virer les Loti alors qu’il y a déjà une pénurie de chauffeurs?", s’interroge un membre de l’Unam.

Ce sujet est tendu. Début février, Alain Vidalies, secrétaire d’État au Transport, avait envoyé des mises en demeure pour rappeler que "la mise en œuvre des VTC s'est faite par un détournement de la loi avec l'utilisation des plateformes par les LOTI". Il ajoutait à l’époque qu’il n'était "évidemment pas question d'interdire les VTC ou de remettre en cause les avantages alloués aux taxis, qui investissent pour payer leur licence."

"Plusieurs dizaines de milliers d’emplois en jeu »

Mais en perdant 10.000 chauffeurs, le nombre de LOTI qui travaillent pour les différentes plateformes de VTC, l’efficacité de ces dernières risque d’être freinée. "Dans mon entreprise, cette mesure conduira à mettre au chômage 1.500 personnes en vingt-quatre heures. Il ne faut pas oublier que les LOTI sont des salariés, pas des autoentrepreneurs", assure Karim Ferchiou.

Ce point est également mis en avant par l’association Alternative mobilité transport (AMT) dont une dizaine de sociétés de LOTI sont membres. Selon l’AMT, "plusieurs dizaines de milliers d’emplois seraient en jeu" et ajoute qu’aujourd’hui, les revenus des capacitaires proviennent à "80% des applications VTC".

L’Unam arrivera-t-elle à refroidir les ardeurs législatives de Laurent Grandguillaume? Difficile à dire sachant que le député de Côte-d’Or a déjà mis en ligne sa proposition dans laquelle sa position sur les LOTI est claire. Dans l’article 1, il affirme sa volonté de "prévenir les détournements de la réglementation résultant des pratiques des centrales de réservation de véhicules légers (automobiles, motos), dont l’activité est en très forte progression". Et plus loin, il annonce aux capacitaires LOTI qui souhaitent "continuer leurs activités occasionnelles avec véhicules légers" qu’ils pourront le faire s’ils s’enregistrent "en tant qu’exploitants VTC".

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco