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L'avion solaire prêt pour son tour du monde... sans carburant

L'avion est propulsé par 17.000 cellules solaires tapissant ses ailes de 72 mètres d'envergure

L'avion est propulsé par 17.000 cellules solaires tapissant ses ailes de 72 mètres d'envergure - AFP Marwan Naamani

L'avion à énergie solaire a décollé, ce lundi 9 mars, d'Abou Dhabi pour un tour du monde historique en 12 étapes, sur cinq mois.  Une prouesse autant technique qu'humaine, au service de la cause des énergies renouvelables.

Accomplir un périple aérien planétaire de 35.000 kilomètres sans une goutte de carburant. Tel est le pari fou tenté par les deux pilotes qui se relaieront à bord de l'avion solaire Impulse 2, dont l'envol a eu lieu ce lundi 9 mars à Abou Dhabi.

Ce tour du monde historique en 12 étapes est prévu pour durer cinq mois. Son objectif premier : promouvoir les énergies renouvelables. Le décollage est l'aboutissement de 13 années de recherches menées par deux pilotes suisses, dont l'idée de voler grâce à la seule énergie solaire avait initialement été la risée de l'industrie aéronautique.

L'avion, baptisé SI2 (Solar Impulse 2), est propulsé par 17.000 cellules solaires tapissant des ailes de 72 mètres d'envergue, soit presque aussi longues que celles d'un Airbus A380. Mais le SI2, conçu en fibre de carbone, ne pèse que 2,5 tonnes -- autant qu'un 4X4 familial soit moins de 1% du poids du A380.

Sa vitesse : entre 50 et 100 kilomètres par heure

Avec ses quatre moteurs électriques à hélice de 17,5 chevaux, SI2 est le premier avion propulsé à l'énergie solaire capable de voler plusieurs jours et nuits d'affilée. Voyageant à une altitude de 8.500 mètres au maximum, il parcourra 50 à 100 kilomètres par heure avec une vitesse plus réduite la nuit afin d'épargner les batteries. Il sera en liaison avec un poste de contrôle implanté à Monaco.

"Nous voulons démontrer que les technologies propres et les énergies renouvelables permettent aujourd'hui d'accomplir des choses considérées comme impossibles", a déclaré récemment à la presse Bertrand Piccard, co-fondateur et pilote de SI2. Ce descendant d'une dynastie de scientifiques-aventuriers suisses avait accompli le premier tour du monde en ballon sans escale en 1999. "Je suis intimement convaincu que le monde peut diviser par deux sa consommation énergétique avec les technologies utilisées sur Solar Impulse", avait-il déclaré lors de la présentation en janvier 2015 de la trajectoire prévue pour SI2.

L'avion solaire doit effectuer 25 jours de vol effectif

Il doit se poser à terre douze fois pendant les 35.000 kilomètres de son odyssée, dont 25 jours de vol effectifs. L'avion doit décoller du Golfe pour profiter des cieux peu nuageux de la région, effectuant sa première halte à Mascate, dans le sultanat d'Oman. L'Inde et la Birmanie sont les destinations suivantes, avant la plus longue étape du trajet: cinq jours consécutifs de vol pour un seul pilote chargé de rallier Nankin en Chine à l'archipel américain d'Hawaï, dans le Pacifique, soit 8.500 km.

"SI2 doit accomplir ce qu'aucun autre avion dans l'histoire n'a réussi auparavant: voler sans carburant, avec un seul pilote dans un cockpit non pressurisé pendant cinq jours et nuits consécutifs", a expliqué André Borschberg, l'autre père de ce projet révolutionnaire.

Sans chauffage ni air conditionné dans la cabine, il s'agit d'un "défi plus humain que technique", a estimé cet ancien pilote de l'armée de l'air suisse. "Physiquement, nous sommes prêts, André se prépare avec du yoga (et de) l'auto-hypnose (...) pour cette première historique", a déclaré Bertrand Piccard.

Le retour à Abou Dhabi est prévu fin juillet-début août

Selon lui, 130 personnes participeront à l'aventure: "65 voyageront avec nous autour du monde et 65 autres seront à Monaco, au centre de contrôle de la mission", a-t-il dit.

Après Hawaï, SI2 doit notamment s'arrêter à New York, d'où il faudra faire un bond au-dessus de l'Atlantique pour rallier soit l'Europe du Sud soit l'Afrique du Nord, selon la météo, avant le retour à Abou Dhabi prévu vers la fin juillet-début août. MM. Borschberg et Piccard se relaieront aux commandes de l'avion, qui ne peut accueillir qu'une seule personne.

L'avion solaire est le successeur de Solar Impulse, un aéronef plus petit qui avait réussi un vol de 26 heures en 2010, démontrant ainsi sa capacité à stocker suffisamment d'énergie dans ses batteries au lithium pendant la journée pour continuer à voler la nuit. Il y a deux ans, les deux pilotes suisses avaient survolé les Etats-Unis à bord de ce premier modèle pendant deux mois.

F.Bergé avec AFP