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EXCLUSIF - Le gouvernement pousse Renault à faire le ménage dans sa gouvernance

Jean-Dominique Senard et Thierry Bolloré, président et directeur général de Renault.

Jean-Dominique Senard et Thierry Bolloré, président et directeur général de Renault. - Eric PIERMONT / AFP

L’Etat actionnaire continue à vouloir peser sur la vie du constructeur automobile. Il a demandé à son président Jean-Dominique Senard de changer la direction de Renault. Pour satisfaire les demandes de Nissan dont le patron va partir.

Les déferlantes se succèdent chez Renault. A peine le fiasco du projet de fusion avec Fiat passé qu’une nouvelle vague se prépare au sein de l’Alliance entre Renault et Nissan. Il y a deux semaines, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire s’est rendu à Tokyo pour traiter des relations entre les deux constructeurs avec le ministère de l’Economie japonnais (Meti). Même si l’Etat japonais n’est pas actionnaire de Nissan, son influence politique pèse. Selon nos informations, les équipes des deux ministres ont abordé l’épineux sujet de l’évolution des gouvernances de Nissan et de Renault.

Chacun souhaite que l’autre change la direction des entreprises nationales. Ainsi, l’Etat français et Renault souhaitent le départ du patron de Nissan Hiroto Saikawa. Celui-ci a annoncé qu’il quitterait ses fonctions une fois l’entreprise redressée… Ce qui va mettre environ deux ans. Mais pour la première fois, « le ministère japonais de l’Economie semble prêt à pousser Hiroto Saikawa vers la sortie » assure une source proche du dossier. Un réel changement de pied tant il entretenait le flou jusqu’ici. Au Japon, cette nouvelle donne est connue depuis plusieurs semaines. Au point que le président de Renault, Jean-Dominique Senard, en avait averti son actionnaire, l’Etat Français.

Sacrifier Bolloré pour apaiser les relations avec Nissan

Mais cette fois, le ministère japonais a demandé à ses homologues français d’agir pour que Renault fasse de même. Un message qui a été entendu par le gouvernement français qui pousse désormais le président de Renault à imiter Nissan. « Senard doit aussi faire évoluer la gouvernance de Renault » lance sobrement un proche de Bercy. Selon plusieurs sources, c’est d’ailleurs le message qu’a adressé le ministre de l’Economie Bruno Le Maire à Jean-Dominique Senard lors de leur tête-à-tête il y a une semaine. « Il lui a suggéré de faire le ménage chez Renault pour apaiser les relations avec Nissan » explique une source proche du constructeur. En clair : sacrifier le directeur général de Renault, Thierry Bolloré. Contactés, Bercy et Renault n’ont pas souhaité commenter nos informations.

Cet épisode montre que l’Etat a toujours l’intention d’interférer dans les affaires de Renault. Chez le constructeur, on « hallucine » que le ministre français de l’Economie -pourtant réputé diplomate- porte la demande de Nissan de sacrifier le patron de Renault pour satisfaire et apaiser les relations avec Nissan.

Bolloré pousse à la fusion avec Nissan

Dans le camp japonais, on ne digère pas le rôle joué par Thierry Bolloré dans l’affaire Ghosn. D’abord en soutenant longuement l’ancien PDG. Mais « il a surtout caché pendant plusieurs semaines l’enquête interne de Nissan sur Ghosn au conseil d’administration de Renault » lâche encore amer, un proche du constructeur japonais. Enfin, Thierry Bolloré pousse depuis plusieurs mois à la fusion avec Nissan en travaillant sur des nombreux schémas avec l’aide du cabinet BCG. Et pour Nissan, accepter le départ d’Hiroto Saikawa sans celui de Thierry Bolloré est inenvisageable. « Renault aussi doit changer ses dirigeants pour tourner la page Ghosn » résume un proche du groupe nippon.

Le message a bien été entendu par le président de Renault mais pas écouté. « Senard ne touchera pas à Bolloré, assure son entourage. En tout cas pas pour le moment… ». Il sait pourtant que aucune entente ne sera possible entre Renault et Nissan tant que leurs deux patrons seront encore en postes, ensemble. En privé, Jean-Dominique Senard reconnait que le patron de Nissan est une entrave à la bonne marche de l’Alliance entre les deux constructeurs. « Il sait bien que Saikawa est contesté en interne et que les japonais vont le pousser vers la sortie, explique un de ses amis. Quant à Thierry Bolloré, il souhaitait lui trouver un remplaçant avant même son arrivée chez Renault ».

Chez Renault, il se murmure d’ailleurs que Bolloré a laissé les critiques enfler sur la fusion avec Fiat. Et pour cause, le projet ne lui laissait guère de place dans la gouvernance du futur groupe. Mais l’évolution des gouvernances des deux groupes prendra du temps. « Maintenant que Bolloré sait que Nissan a demandé sa tête, cela ne va pas améliorer la relation avec les japonais » explique un proche de Renault...