BFM Business

Entre Air France et les pilotes, le bras de fer n'est pas terminé

Les derniers licenciements secs d'Air France remontent à 1993

Les derniers licenciements secs d'Air France remontent à 1993 - Air France

Les négociations entre les pilotes et la direction ayant échoué, le conseil d'administration d'Air France-KLM a approuvé le lancement du plan de réduction de l'activité de la compagnie. Mais les ponts ne sont pas totalement coupés.

Le SNPL, le principal syndicat de pilotes au sein de la compagnie a annoncé ce vendredi 2 octobre qu’il était prêt à faire de nouvelles propositions à la direction d'Air France. Est-ce à dire que de nouvelles négociations pourraient se tenir ce week-end? Pour le moment, la compagnie maintient le cap. Elle assure qu'elle dévoilera lundi ce qu’il y a précisément derrière le "plan d’attrition", autrement dit de réduction de l’activité qu'elle s'est résolu à engager, faute d'accord avec les représentants des pilotes. 

La compagnie devrait annoncer une réduction de 10% de son offre long-courriers. Selon Les Echos, cinq lignes pourraient être supprimées ainsi qu'une quarantaine de vols aller-retour. Informations en partie confirmée par les syndicats. Ces derniers assurent également que la compagnie entend retirer 14 avions de la flotte long-courrier. Et ils croient savoir que les réductions d'effectif concerneraient 2.900 personnes en 2016 et autant en 2017.

"Il y aura malheureusement un important plan de réduction d'emplois", s'est contenté d'indiquer ce vendredi matin sur Europe 1 le PDG d'Air France-KLM, Alexandre de Juniac, précisant que les départs volontaires seraient privilégiés mais que des départs contraints pourraient avoir lieu "en dernier recours".

Un plan B approuvé par l'Etat et les salariés

La dernière fois que des licenciements ont été évoqués par la direction, c’était en 1993. Le PDG de l'époque, Bernard Attali, prévoyait de supprimer 4.300 emplois, dont 1.000 personnels navigants, et pour la première fois dans l’histoire d’Air France, des pilotes.

Une menace qui avait mis le feu aux poudres et avait fini par coûter la tête à Bernard Attali. Mais à l’époque, Air France était une entreprise publique. Aujourd’hui l’Etat a certes son mot à dire (il détient 17,6% du capital au 30 juin dernier). Mais il n’est pas décisionnaire. D’ailleurs même si Manuel Valls a demandé jeudi 1er octobre à la direction et aux syndicats de pilotes de reprendre les négociations après l'échec de la veille, il faut noter que le conseil d’administration a donné à l’unanimité son feu vert à la direction pour lancer son plan B. Les trois représentants de l’Etat ne s'y sont donc pas opposés. Pas plus d'ailleurs que ceux des salariés. Or parmi eux, figure un pilote qui est membre du SNPL. 

Une stratégie qui peut sembler paradoxale

La direction peut donc tabler sur des dissensions au sein même de la corporation qui a bloqué la mise en oeuvre du plan initial prévoyant, lui, non pas de réduire l'activité, mais d'améliorer la compétitivité au prix d'un effort de l'ensemble du personnel. La direction souhaitait que les pilotes augmentent leur rythme de travail sans hausse de salaire. Elle visait 17% de gains de productivité. Les dernières propositions du SNPL se limitait à moins de 3%. Un écart trop important pour espérer d'aboutir à une conclusion rapide.

Le SNPL a-t-il pensé que la direction bluffait avec son plan B? Probablement. Après tout réduire la voilure alors que le secteur aérien est en pleine croissance est une stratégie qui peut sembler paradoxale. On gagne rarement à jouer le repli quand les concurrents sont à l'offensive. 

Peut-être la direction d'Air France gagnerait-elle à proposer un référendum interne, comme Smart l’a fait sur son site mosellan. On saurait alors si une majorité de salariés, y compris parmi les pilotes, préfèrent travailler un peu plus sans hausse de salaires ou garder leurs prérogatives au prix d'une nouvelle saignée dans les effectifs.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco