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En Italie, l'énorme prêt de 6,3 milliards d'euros à Fiat-Chrysler passe mal

Alors que le constructeur automobile a délocalisé son siège social aux Pays-Bas, un prêt garanti par l'Etat italien soulève des débats au sein de la classe politique italienne.

Le constructeur automobile Fiat Chrysler (FCA) négocie un prêt bancaire de 6,3 milliards d'euros, garanti par l'Etat italien, pour l'aider à traverser la crise et soutenir au-delà l'ensemble de la filière automobile en Italie, où une partie de la classe politique réclame des contreparties à cette aide publique. 

"Des discussions ont été entamées avec Intesa Sanpaolo, premier groupe bancaire italien, pour une facilité de crédit de trois ans", indique un communiqué du groupe publié samedi.

FCA Italie est également "en pourparlers avec le gouvernement pour obtenir une garantie de la SACE, l'agence italienne de crédit à l'exportation", explique le texte.

"Des milliers de personnes" concernées

L'objectif est de "financer les activités de FCA en Italie et d'apporter un soutien supplémentaire à quelque 10.000 petites et moyennes entreprises de la chaîne d'approvisionnement automobile".

"En vertu du décret sur les liquidités du gouvernement italien (adopté en avril pour soutenir l'économie face à la pandémie de coronavirus), le montant total de ce crédit peut être équivalent à 25% du chiffre d'affaires consolidé des entités industrielles de FCA en Italie, soit jusqu'à 6,3 milliards d'euros", précise le constructeur italo-américain.

Interrogé samedi soir à ce sujet au cours d'une conférence de presse, le Premier ministre Giuseppe Conte a commenté: "dans le cas de FCA, au-delà de la maison mère, les entreprises et les salariés sont en Italie, ces sociétés emploient beaucoup d'Italiens, des milliers de personnes".

55.000 salariés dans ses 16 usines

"Je ne veux pas rentrer dans l'organisation interne d'une entreprise particulière, il ne faut pas se demander qui est en Angleterre, en Hollande ou dans d'autres pays... Nous devons juste rendre l'environnement plus attractif", a-t-il simplement ajouté.

Le siège légal du groupe italo-américain FCA est situé aux Pays-Bas, et la possibilité qu'une partie d'un important crédit garanti par les institutions italiennes aille à l'étranger suscite interrogations et critiques au sein de la classe politique italienne.

"Une entreprise qui demande une importante somme d'argent à l'Etat italien doit rapatrier son siège en Italie", a ainsi estimé sur Twitter le vice-président du parti Démocrate (au pouvoir), Andrea Orlando.

Fiat Chrysler emploie en Italie près de 55.000 salariés dans ses 16 usines et 26 sites dédiés. Le groupe affirme travailler avec 5.500 sous-traitants dans la péninsule, pour près de 200.000 emplois.

La fusion avec PSA toujours prévue

Secteur clé de l'économie italienne, comptant pour 6,2% du PIB national, l'automobile a été touchée de plein fouet par l'épidémie de coronavirus, qui a fait plus de 31.000 morts dans la péninsule, pays le plus endeuillé en Europe.

Les entreprises stratégiques italiennes ont entrepris depuis début mai un lent redémarrage, alors que le pays, cloîtré depuis deux mois, se déconfine très progressivement.

Fiat Chysler (qui compte les marques Fiat, Chrysler, Jeep, Maserati, Alfa Romeo, Dodge et Ram) est engagé dans un processus de fusion avec le français PSA (Peugeot Citroën), prévu pour la fin 2020-début 2021.

Les deux constructeurs ont réaffirmé ces dernières semaines leur détermination à mener à son terme et dans les délais cette fusion, qui devrait aboutir à la création du quatrième groupe automobile mondial.

TL avec l'AFP